(4e partie)
8. Le rapport avec l’Eglise
Le lien fondamental du chrétien avec l’Eglise est établi par le Baptême, parce que c’est lui qui insère dans le Peuple de Dieu-Corps du Christ les fils engendrés de l’eau et de l’Esprit.
De la Profession naît un nouveau lien avec l’Eglise, ou mieux, le lien baptismal fondamental, déjà renouvelé et perfectionné par la Confirmation, est rendu plus « fort » et plus « étroit ».
De fait, la Règle de l’Ordre Franciscain Séculier dit :
« Morts et ressuscités avec le Christ dans le Baptême qui les fait membres vivants de l'Église, ils sont encore plus profondément unis à elle par la Profession… » (Règle 6).
Le Rituel fait écho à cela quand il demande à ces qui doivent faire la Profession :
« Devenus membres du Peuple de Dieu par le Baptême, renouvelés dans la confirmation par un don nouveau de l’Esprit, … voulez-vous vous lier plus étroitement à l’Église… ? » (II,29)
Des textes mentionnés ci-dessus, on peut déduire que la Profession fonde un nouveau lien avec l’Eglise ; on peut tout simplement affirmer que la Profession dans l’Ordre Franciscain Séculier développe et intensifie la relation entre le baptisé-confirmé et l’Eglise. Mais de la vigueur du langage des textes on déduit aussi la profondeur de la relation du franciscain séculier profès avec l’Eglise. Même si elle n’est pas différente de celle du simple baptisé-confirmé, elle est une relation plus forte et plus étroite (fortius et arctius).
9. Témoins et instruments de la mission de l’Eglise
Les documents se préoccupent plutôt de mettre en relation le lien renforcé avec l’Eglise qui découle de la Profession, avec la mission ecclésiale des franciscains séculiers :
- «Morts et ressuscités avec le Christ dans le Baptême qui les fait membres vivants de l'Église, ils sont encore plus profondément unis à elle par leur engagement. Ils s'efforceront donc d'être les témoins actifs de sa mission parmi les hommes, annonçant le Christ par la vie et la parole».
- «Inspirés par saint François et appelés avec lui à renouveler l'Église, ils s'engageront à vivre en pleine communion avec le pape, les évêques, les prêtres, dans un dialogue confiant et ouvert de créativité apostolique». (Règle 6)
Ce qui est synthétisé dans la Règle est développé et amplifié dans les Constitutions et dans le Rituel. De l’ensemble de ces documents, émergent les traits essentiels de la mission des franciscains séculiers, dont le but intrinsèque est la construction de l’Eglise.
La répétition des termes construire-construction est particulièrement significative dans les documents, parce qu’elle évoque immédiatement la mission confiée à François par le Crucifix de St Damien et est typique du franciscanisme et de son caractère ecclésial spécifique. François et ses fils ont reçu du Seigneur le don de s’immerger dans le tissu vital du Peuple de Dieu, afin que celui–ci puisse s’élever et vivre dans le monde comme un « sacrement universel de salut ».
Cependant, la mission des franciscains séculiers ne se définit pas en fonction d’activités particulières à accomplir mais en raison de leur être. « La fidélité à leur propre charisme, franciscain séculier, et le témoignage d’une Fraternité vraie et ouverte sont les principaux services qu’ils rendront à l’Eglise, communauté d’amour. Ils seront donc reconnus dans l’Eglise pour leur «être» (identité) dont découle leur mission particulière » (Const. 100,3).
Par conséquent, l’intérêt de la Règle, des Constitutions et du Rituel est de mettre en évidence l’exigence d’un authentique vécu ecclésial selon le lien fort et étroit que les franciscains séculiers ont contracté avec l’Eglise à travers la Profession. Il s’agit surtout d’un lien de communion. C’est l’élément de base de l’Eglise, affirmé au niveau concret et existentiel de la vie de tous les jours. Le devoir du témoignage assigné aux franciscains séculiers par le Baptême d’abord, par la Profession ensuite, découle précisément de l’essence intime de l’Eglise, qui est communion de foi et d’amour.
L’insistance de la Règle et des Constitutions sur le témoignage doit rendre les Frères et les Sœurs de l’Ordre Franciscain Séculier toujours plus conscients que leur existence dans l’Eglise est justifiée uniquement par l’authenticité de leur vie. Aux frères et sœurs de la pénitence est demandé d’offrir continuellement, dans toutes les circonstances de la vie, la preuve suprême de leur fidélité à Dieu, de rendre compte au monde de l’espérance qui est en eux, d’attester de manière incontestable leur fidélité à l’alliance contractée avec l’Eglise et avec la Fraternité au moment de leur Profession.
Alors, toutes les indications sur le devoir d’être témoins de la mission de l’Eglise et d’annoncer le Christ par la vie et la parole, d’exprimer « leur apostolat préférentiel » par « le témoignage personnel dans le milieu dans lequel ils vivent » et par le service de l’édification du royaume de Dieu dans les réalités terrestres », toutes ces indications contenues dans la Règle, les Constitutions et dans le Rituel, seront accueillies et mises en pratique dans la pleine conscience de la richesse du contenu du thème du témoignage chrétien, qui est « le » devoir fondamental des disciples du Seigneur.
II. L’engagement par la profession
10. Consécration
La formule de Profession dans l’Ordre Franciscain Séculier dit:
« Moi, N.N., puisque le Seigneur m’en a fait la grâce, je renouvelle les engagements de mon Baptême et je me consacre au service de son Royaume.» (Rituel II,31)
Les «Notes préliminaires» du Rituel affirment:
« La nature de la promesse de vie évangélique se décrit ainsi: renouvellement de la consécration et des promesses du Baptême et de la Confirmation. Cela veut dire : consécration à Dieu et à son Peuple, avec toutes les conséquences qui en découlent relativement à la vie d’union avec Dieu et l’adhésion à son dessein salvifique par une consécration qui doit être vécue dans le monde» (14a).
Le Rituel utilise le verbe consacrer, lui attribuant le sens de dédier, réserver, destiner à Dieu et à son service exclusif une chose ou une personne. Il va de soi que dans le contexte spécifique du Rituel de l’Ordre Franciscain Séculier, il s’agit de personnes et, par conséquent, ce sont elles qui doivent, en pleine liberté, et donc en pleine connaissance, s’offrir et se donner au Seigneur.
Vu sous cet angle, la Profession est l’acte par lequel une personne se remet entre les mains de Dieu et se laisse prendre par Lui, de sorte qu’à partir du moment précis de la Profession, cette même personne ne s’appartient plus, mais se considère totalement prise, comme expropriée, d’une manière totale, inconditionnellement à disposition de Dieu. A cause de cette Profession, la personne est propriété de Dieu, c’est pourquoi elle est « sacrée ».
En réalité, le verbe consecrare et le substantif correspondant consecratio, indiquent proprement l’acte par lequel Dieu prend possession de la personne (qui, habilitée par ce don de la grâce par lequel Il l’attire, se donne totalement à Lui) posant son sceau sue elle, et la constituant sa propriété exclusive.
En soi, la valeur de la consécration réside dans sa dimension descendante : l’homme est consacré, il reçoit la consécration de Dieu qui l’attire à Lui et le transforme intérieurement pour qu’il puisse vivre les exigences d’une réalité supérieure.
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