(doc. 5)
UNE PRÉSENCE AU CŒUR DES DÉBATS DE SOCIÉTÉ
Le Centre Justice et Foi
La société québécoise a vécu au cours des derniers mois un débat important sur certaines questions qui se posent dans un contexte où la population exprime une diversité culturelle et religieuse significative. L'intégration des nouveaux arrivants, l'identité, la recherche d'éléments rassembleurs de la vie collective, l'énonciation d'une laïcité québécoise et la place des religions dans l'espace public ont été autant de sujets abordés.
Les réflexions et les propos tenus à cette occasion sont interpellants pour des personnes croyantes et pour les institutions religieuses. Ils questionnent leur rapport au monde mais aussi mettent en lumière des transformations importantes à réaliser au sein des communautés de foi. Ce n'est pas seulement l'identité citoyenne mais c'est aussi l'identité religieuse qui a été invitée à se redéfinir comme identité ouverte.
Certaines interventions des personnes et des institutions religieuses ont par ailleurs été l'occasion de rappeler que la foi a une dimension collective qui ne peut être confinée à l'espace privé et que les convictions religieuses sont sources d'engagement social pour assurer la réalisation du bien commun.
Au cœur d'un monde sécularisé
Tout en étant un centre d'analyse sociale dont les prises de position se fondent sur l'Évangile, le Centre justice et foi (CJFY a toujours fait le choix de mener ses réflexions dans une recherche commune avec divers groupes sociaux. Dès sa fondation, il a privilégié une inscription au cour d'une société sécularisée et une pratique de dialogue sur les enjeux du monde (et de la société québécoise) avec des personnes dont l'engagement s'inscrit dans différents horizons de sens, qu'ils soient laïques ou religieux.
C'est dans cet esprit et animé par une volonté d'être présent au cour du monde que le CJF contribue depuis maintenant vingt-cinq ans aux sociaux et religieux de notre époque par sa revue Relations, par ses activités publiques telles que les Soirées Relations et par son secteur Vivre ensemble préoccupé particulièrement des enjeux d'immigration. Ce projet, rappelons-le, est né de la volonté des jésuites de faire de la promotion de la justice une dimension indissociable du service de la foi. Les enjeux locaux, nationaux et internationaux sont multiples et le centre a dû privilégier, par un discernement continu au fil des ans, certains champs d'intervention balisant la réalisation de sa mission: projet de société, lutte au néolibéralisme, christianisme critique et condition des femmes. En lien avec la situation des personnes les plus vulnérables de la société, il a été amené à faire des critiques et des propositions fondées sur la justice sociale concernant le projet national, les choix économiques et politiques des différents gouvernements, l'acceptation du pluralisme et les transformations religieuses.
Eucharistie et société2
Cette manière de procéder du CJF a des conséquences sur la compréhension que nous avons de l'eucharistie et sur la façon de nous situer face à l'événement du Congrès eucharistique. L'eucharistie nous rappelle avec force que le Dieu auquel nous croyons a fait les hommes et les femmes libres et qu'il a épousé pleinement la condition humaine pour les accompagner dans les luttes qui traduisent cette liberté profonde et assurent une mise en ouvre de leur pleine dignité. L'eucharistie n'est pas une rupture avec le monde, c'est une façon d'habiter le monde et de vivre les solidarités humaines. Ce doit être un geste qui donne sens à notre engagement et le nourrit du même esprit qui animait le Christ.
Depuis une cinquantaine d'années, la tradition des Congrès eucharistiques invite d'ailleurs les hôtes de l'événement à proposer une œuvre sociale qui se poursuivra au-delà de l'éphémère du rassemblement. Lors de la fête de l'Épiphanie (7 janvier 2008),
moment souvent privilégié dans l'Église catholique pour souligner ou célébrer la diversité des communautés, les organisateurs ont dévoilé que l'œuvre sociale du Congrès eucharistique international de 2008 serait l'appui à la Fondation Marc- Ouellet visant à soutenir l'accueil des réfugiés et des immigrants.
Ce choix correspond certainement à un défi important pour le Québec. TI s'inscrit dans la ligne d'une tradition d'hospitalité de l'étranger qui est au cœur même de la foi proposée par l'Église catholique. Il faut redire toutefois que les liens entre l'eucharistie et l'engagement social ne peuvent se résumer à l'appui ponctuel pour une ouvre sociale. Le partage du pain et du vin vécu par les communautés rassemblées doit être le lieu pour soutenir les solidarités humaines qui se tissent afin d'assurer la reconnaissance de la dignité de toutes les personnes. C'est cet engagement dont les nouveaux arrivants au Québec ont besoin - qu'ils soient réfugiés ou immigrants.
Le Québec a besoin que nous fassions des choix collectifs - sociaux, économiques et politiques - qui inscrivent toutes les personnes qui vivent sur son territoire dans un horizon de citoyenneté effective. Cela implique une reconnaissance de leurs apports, incluant la possibilité pour toutes les personnes de travailler dans des conditions qui respectent leur dignité. Cela implique aussi d'assurer à tous un accès juste aux droits et aux services qui en découlent. Un engagement en faveur des réfugiés et des immigrants, c'est aussi accepter de se laisser transformer par leur présence et par un vivre ensemble partagé au sein des quartiers, des écoles, des milieux de travail. L'apport financier des uns et des autres joue un rôle mais c'est l'accès à une pleine citoyenneté qui fera une différence dans la vie des personnes marginalisées et dans la qualité de notre vie en société. Et de cela, nous sommes tous responsables.
Quelques propositions pour ouvrir l'avenir
Pour le CJF, l'identité chrétienne dont nous nous réclamons s'inscrit donc dans une histoire et une société concrètes, avec des défis particuliers auxquels notre engagement chrétien doit être sensible et doit apporter sa contribution. Cette identité ne repose pas sur des balises définies une fois pour toutes par un magistère romain. Elle doit être ouverte et capable de remises en question face aux enjeux qui préoccupent les hommes et les femmes du Québec d'aujourd'hui.
Nous nous sentons ainsi fortement interpellés par les mouvements sociaux et les réalités sociales qui mettent en lumière des transformations à réaliser, au nom de la justice, au sein de nos communautés de foi. Nous pensons particulièrement aux avancés réalisées par le mouvement des femmes qui questionnent la place accordée à ces dernières dans les institutions catholiques et qui nous invitent à exiger le respect de l'égalité homme-femme dans toutes nos pratiques ecclésiales.
Comme croyants et croyantes, nous croyons que les nouvelles réalités du pluralisme doivent aussi nous amener à développer des réflexions et un engagement de plus en plus œcuménique et interreligieux. Le Québec vit un débat important pour identifier les éléments d'une culture publique commune qui sont à la fois respectueuse d'un parcours historique du Québec et attentive aux apports' des personnes de d'autres origines, cultures et religions au sein de la société. Les croyants doivent être solidaires de cette recherche collective et contribuer à l'élaboration d'éléments rassembleurs pour toutes et pour tous.
Élisabeth Garand
1. Le site intemet du CJF offre de nombreuses informations complémentaires et des ressources utiles : www.cjf.qc.ca.
2. Pour aller plus loin. nous vous référons au dossier « Eucharistie et société» de la revue Relations. n° 722 (février 2008).
La suite LE GRAND ÉCART: PRATIQUE DU CULTE ET PRATIQUE DE LA JUSTICE -6