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UNE AUTRE MANIÈRE DE CÉLÉBRER -8 (TDN)

(doc. 8)

UNE AUTRE MANIÈRE DE CÉLÉBRER

L'autre Parole

 

L’autre Parole est une collective de femmes féministes et chrétiennes, actives au Québec depuis 1976. Cette Collective regroupe des femmes de tous âges et de tous horizons qui se sont donner un espace pour vivre, repenser et célébrer le mes­sage libérateur des évangiles.

 

Conscientes des liens étroits qui existent entre toutes les formes de domination tant civile que reli­gieuse, nous travaillons à :

- nous réapproprier la tradition chrétienne, ses pratiques et ses discours ;

- nous inscrire dans des réseaux de solidarité avec des personnes en quête de justice et d'égalité.

C'est dans cette optique que nous avons accepté de nous joindre à d'autres groupes pour faire ici une demande et présenter un texte qui témoignent de notre participation à l'invention de nouvelles ma­nières d'être et de faire pour que les femmes aussi puissent vivre leur pleine humanité ... en tous lieux ...

La place des femmes

La Collective des femmes chrétiennes et fémi­nistes « L'autre parole» demande qu'une place d'égale à égal soit faite aux femmes dans l'exercice des ministères ordonnés.

Depuis plus de trente ans, les femmes de la Col­lective se donnent le droit de célébrer leur foi, leur espérance et leur amour à travers des rituels sacrés qui vont jusqu'au partage du pain et du vin où elles prononcent elles-mêmes les paroles qui leur permet­tent de faire mémoire de Jésus.

La Collective incite donc les femmes à ne pas attendre l'approbation des autorités ecclésiales pour prendre la place qui leur revient de droit dans l'exer­cice des rituels sacrés car ni Dieu ni le sacré sont propriété des hommes tout consacrés qu'ils soient ...

À continuation nous présentons un texte de Marie-Andrée Roy déjà paru dans Relations (#722, février 2008) sur « L'autre manière de célébrer ». L'auteure est co- fondatrice de L'autre Parole et professeure au Département des sciences religieu­ses et à l'Institut de recherches et d'études féminis­tes de l'UQAM.

L'autre manière de célébrer

Depuis plus de trente ans, la collective de fem­mes chrétiennes et féministes L'autre Parole a déve­loppé une pratique liturgique qui lui a permis d'éla­borer et de célébrer de multiples rituels, dont celui du partage du pain et du vin pour faire mémoire de Jésus de Nazareth, Christ ressuscité. La collective, qui s'identifie pleinement à la tradition chrétienne, a fait des choix très tôt dans son histoire : les mem­bres, en tant que personnes autonomes et responsa­bles, n'ont jamais voulu s'inscrire en dépendance vis-­à-vis du clergé masculin pour célébrer leur foi et encore moins jeûner, se priver du pain et du vin de ie parce que leur ekk1ésia était composée exclusi­vement de femmes. Elles ont choisi de gérer soli­dairement et collectivement leur vie spirituelle en créant et animant elles-mêmes des rituels chrétiens et féministes arrimés à leurs expériences de vie.

Ces rituels puisent à trois sources. La première concerne les expériences, aussi bien individuelles que collectives, d'aliénation/libération des femmes aujourd'hui: ces expériences ont, entre autres, trait au difficile accès à l'égalité des sexes, tant dans la vie privée que dans la vie publique, à la reconnaissance de la liberté de choix en matière de santé reproduc­tive et sexuelle, à la violence patriarcale qui conti­nue toujours de sévir, etc. La relecture de ces expé­riences, leur transposition dans des symboles, des rituels permettent de construire une nouvelle mé­moire des femmes qui les invite à se faire les bâtis­seuses de leur devenir. La deuxième source est la tradition chrétienne elle-même, riche d'une liturgie deux fois millénaire qui a su redire de manière ad­mirable, au fil des jours, des semaines et des saisons toute la trame du mystère chrétien, de la Nativité à la mort/résurrection du Christ et accueillir l'expé­rience humaine dans toute sa radicalité, de la nais­sance à la mort. Le corpus liturgique chrétien est à la fois passé au crible de la critique féministe et relu à la lumière de nos expériences de femmes en quête de libération. Il structure une part importante de nos célébrations, permet que nous développions un profond enracinement dans la tradition et que nous inscrivions nos propres paris de foi comme faisant partie intégrante de cette tradition. La troisième source se trouve dans le corpus des autres traditions religieuses, notamment la tradition juive avec laquelle nous avons une forte parenté; ne partageons-nous pas une même histoire sainte, une même quête de salut et moult symboles rassembleurs (le feu, l'eau, le sel, le pain sans levain, etc.) ? Elle se retrouve aussi dans le corpus des religions anciennes qui ont fait se déployer des représentations féminines du divin de même que des mythes et des symboles qui re­connaissent la part indispensable du sacré féminin dans le devenir de la création. Cette troisième source vient en quelque sorte éveiller notre imaginaire, pro­voquer notre créativité et favoriser un certain déga­gement du carcan dogmatique patriarcal chrétien.

Comment faisons-nous mémoire de Jésus? Lors d'une célébration, nous disons simplement ses pa­roles ensemble : « Prenez et mangez-en toutes - ceci est mon corps ». Ce pain nous permet aussi de faire mémoire, selon la thématique de la célébration, du corps exploité et violenté de nos sœurs ou encore, du corps aimant et fécond des femmes qui donnent la vie, etc. Puis nous disons : « Prenez et buvez-en toutes - ceci est mon sang ». Ce sang, c'est aussi le sang des femmes, sang porteur de vie et promesse d'une Nouvelle Alliance entre les femmes et les hom­mes. Les paroles prononcées par l'ekk1ésia repren­nent les paroles de Jésus et s'inscrivent clairement dans son intention, faire mémoire. La formule énon­cée n'est pas complètement celle de la prière eucha­ristique officielle. Ce qui permet à certains de dire qu'il ne s'agit pas de «vraies» eucharisties! Soyons clairs: l'orthodoxie ce n'est pas notre affaire et nous voulons encore moins en créer une nouvelle. Notre seul désir, c'est de faire communauté en mémoire de lui.

L'autre Parole ne fait pas cavalière seule. Les eucharisties domestiques, si elles demeurent relati­vement discrètes, sont aujourd'hui plus nombreu­ses que jamais, de moins en moins marginales et pratiquées par des communautés de femmes et d'hommes qui ne se revendiquent pas nécessaire­ment de dissidence. En ces temps d'intransigeance romaine marqués par le sexisme et le cléricalisme, elles sont devenues l'autre manière, la manière dé­brouillardise et pleine d'espérance, de dire notre foi, notre espérance et notre amour.

 

Note. L'autre Parole publie une revue du même nom quatre fois l'an et anime un site Internet: http/ /www.lautreparole.org


La suite  si le lien ne fonctionne pas copier-coller dans la bare d'adresse
http://ofs-de-sherbrooke.over-blog.com/article-liberte-de-parole-et-pain-partage-9-tdn-52678479.html

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