Ces bergers oubliés
Qui vivent seuls dans les champs
C'est toute l'humanité
Et sa somme de tourments
C'est pour le rappeler
Qu'à chaque temps de l'Avent
J'aime tant réinstaller
Ma crèche du Dieu Vivant
(Robert Casanova)
Noël 2008
À toi, cher parent, ami(e ), complice,
Noël encore, et ses lumières rouges, vertes, bleues et ses boules qui font des étoiles ! Noël encore et ses débordements de fêtes qui nous font croire qu'un monde meilleur est possible ! Noël encore et les jours qui s'enfuient...
Mais en aval, du fond des temps, un cri a surgi de la terre : « Ah ! si tu déchirais les cieux et si tu descendais » (Is 63, 19). Et Dieu n'a pas manqué de répondre. Il répond par l'inimaginable : Il plante sa tente dans le cœur de chaque être humain, inventant une présence inattendue, folle, totale : l'Incarnation. L'Amour qui va jusqu'au bout, de la crèche à la croix. Une merveilleuse nouvelle qui renverse les sombres structures périmées et trace les plans d'un monde renouvelé dans la fraternité !
Devant les événements actuels et leurs cortèges d'horreurs, de paix ratées, d'économie en faillite, de chômage, de coût exorbitant de la vie, d'exclusion des plus pauvres, nous nous demandons parfois anxieusement, si nous sommes bons, encore aujourd'hui, pour annoncer cette renversante nouvelle.
La réponse est dans ces pousses nouvelles que nous voyons surgir au ras du sol et même à travers les fissures de l'asphalte, sur la terre fatiguée de notre monde et parfois, de notre Église. Malgré tout, les signes d'espérance n'ont pas manqué, cette année, pour relever la tête et reprendre souffle.
Pour moi, ce ne fut pas banal de prendre part au projet de « La nuit des sans-terre », avec Développement et Paix et à celui d'une table ronde, lors du Congrès eucharistique, en juin dernier. Que de bons moments de fraternité et de rêve collectif !
J'ai vécu aussi à cette époque, une expérience inédite, avec le projet « Têtes rasées » de Leucan. Geste couronné par la fête du rasage, à Cardinal-Vachon, sous le signe du souvenir des êtres chers que le cancer a emportés et celui de l'espoir qu'on pourra bientôt vaincre cette maladie. En somme, un geste fou qui a engendré des résultats inespérés : une solidarité qui a porté l'objectif de 500$ à 3521$. Un geste joyeux et rassembleur, misant sur le regard qui dépasse les apparences. Et depuis, mes cheveux ont repoussé !
C'est dans une euphorie encore frissonnante, que nous venons de vivre deux grands rêves, dans l'éloquence poignante de la musique et de la parole : la Grand-messe de Gilles Vigneault et la victoire d'Obama. Les deux nous appellent à l'espoir : « Oui, nous le pouvons ! », « Yes, we can ! »
Enfin, il y a ce livre « Debout les pauvres », rédigé pour le 20e anniversaire de la Fraternité de l'Épi, que nous célébrerons en 2009, et dont le projet de publication vient d'être approuvé à Novalis, justement le 12 décembre, jour qui a sonné mes 86 ans. Magnificat !
Et la vie continue, étonnamment active, malgré les ralentis de la vieillesse, les genoux rouillés et les jambes chancelantes. Le vieux cœur, lui, n'est jamais assez grand pour répondre à tout ce qui le sollicite. Alors, il y a ce vendredi de poustinia, où la prière peut englober toutes les aspirations et toutes les soifs, puisqu'elle s'arrime au rêve de Dieu.
C'est dans cette veine que je nous souhaite un Noël plein d'amour et de lumière, incarné dans chaque jour de l'année nouvelle.
Avec tendresse,
Laurette