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La PAROLE (évangile) source de la conversion de François

La relation à autrui selon saint Paul

La relation aux autres tient une place importante dans les lettres de Paul. Cet article tente de retracer les lignes de force de sa pensée sur le sujet, en lui donnant au maximum la parole (les citations proviennent de la TOB).

« Vous avez revêtu le Christ »

La vision de l’homme qu’expose Paul est fondée sur l’idée que le Christ nous sauve et qu’il fait du chrétien un « homme nouveau, créé selon Dieu dans la justice et la sainteté » (Ep 4, 24). Cette condition nouvelle doit se manifester dans la vie quotidienne des croyants, qui sont appelés à vivre dans le monde sans être du monde.

La « vie nouvelle » (Rm 6, 4) que nous sommes invités à mener est inspirée par l’Esprit Saint, qui habite en nos cœurs : « Ne savez-vous pas que vous êtes le temple de Dieu et que l’Esprit de Dieu habite en vous ? » (1Co 3,16) S’ils se laissent guider par l’Esprit, les chrétiens surmontent toute division et toute haine, accédant ainsi à l’union fraternelle en Christ : « Oui, vous tous qui avez été baptisés en Christ, vous avez revêtu Christ. Il n’y a plus ni Juif, ni Grec ; il n’y a plus ni esclave, ni homme libre ; il n’y a plus l’homme et la femme ; car tous, vous n’êtes qu’un en Jésus Christ. » (Ga 3, 27-28)

L’affinité avec l’insistance de François d’Assise sur le désir d’ « avoir l’Esprit du Seigneur et sa sainte opération » (2Reg 10, 8) et sur la fraternité est forte, comme on le voit.

Le respect de la diversité

L’Esprit de sainteté transforme le fidèle en l’image du Christ. Cette transformation, normalement, n’est pas solitaire mais s’opère au sein de la communauté ecclésiale. C’est dans l’Église que croissent notre capacité d’accueillir nos frères et sœurs, malgré notre péché, ainsi que l’amour et le pardon mutuels : « accueillez-vous donc les uns les autres comme le Christ vous a accueillis » (Rm 15, 7) ; « vous avez appris vous-mêmes de Dieu à vous aimer les uns les autres » (1Th 4, 9).

Cette union fraternelle s’accom-pagne d’une grande variété de dons (ou charismes) dans l’Église, et d’un profond respect de leur diversité : « comme nous avons plusieurs membres en un seul corps et que ces membres n’ont pas tous la même fonction, ainsi, à plusieurs, nous sommes un seul corps en Christ » (Rm 12, 4-5) ; « Mais tout cela, c’est le seul et même Esprit qui le produit, distribuant à chacun ses dons, selon sa volonté. » (1Co 12, 11)

Les fruits de la conversion

Vivre chrétiennement exige une véritable conversion personnelle, qui amène le fidèle à renoncer à l’égoïsme et aux vices : « Faites donc mourir ce qui, en vous, appartient à la terre : débauche, impureté, passion, désir mauvais et cette cupidité, qui est une idolâtrie. » (Col 3, 5) Ce faisant, le croyant rompt avec l’irrespect d’autrui et le mensonge : « Maintenant donc, vous aussi, débarrassez-vous de tout cela : colère, irritation, méchanceté, injures, grossièreté sortie de vos lèvres. Plus de mensonge entre vous, car vous vous êtes dépouillés du vieil homme, avec ses pratiques, et vous avez revêtu l’homme nouveau […]. » (Col 3, 8-10)

En contrepartie, le fidèle acquiert les vertus favorisant la vie fraternelle et s’ouvre à l’amour désintéressé, qui constitue le sommet de la vie chré-tienne : « Puisque vous êtes élus, sanctifiés, aimés par Dieu, revêtez donc des sentiments de compassion, de bienveillance, d’humilité, de douceur, de patience. Supportez-vous les uns les autres, et si l’un a un grief contre l’autre, pardonnez-vous mutuellement ; comme le Seigneur vous a pardonnés, faites de même, vous aussi. Et par-dessus tout, revê-tez l’amour : c’est le lien parfait. » (Col 3, 12-14)

Les relations familiales et sociales

Avant François d’Assise (qui ne cite nulle part ce verset), Paul a saisi que la clé d’une relation à autrui sanctifiée par l’Esprit réside dans l’attitude de minorité : « vous qui craignez le Christ, soumettez-vous les uns aux autres » (Ep 5, 21). La conséquence qu’il en tire a été vivement critiquée : « femmes, soyez soumises à vos maris, comme au Seigneur », même s’il prend soin d’énoncer l’obligation réciproque des maris : « aimez vos femmes comme le Christ a aimé l’Église et s'est livré pour elle » (Ep 5, 22.25). C’est toutefois sur un autre texte, d’une portée plus large, que nous nous arrêterons : « Épouses, soyez soumises à vos maris, comme il se doit dans le Seigneur. Maris, aimez vos femmes et ne vous aigrissez pas contre elles. Enfants, obéissez en tout à vos parents […]. Parents, n’exaspérez pas vos enfants, de peur qu’ils ne se découragent. Esclaves, obéissez en tout à vos maîtres d’ici-bas. Servez-les, non parce qu’on vous surveille […] mais avec la simplicité de cœur de ceux qui craignent le Seigneur. […] Le Maître, c’est le Christ ; vous êtes à son service. Qui se montre injuste sera payé de son injustice, et il n’y a d’exception pour personne. » (Col 3, 18-25)

Paul ne met pas en question les institutions sociales de son temps – pas même l’esclavage – et il appelle les chrétiens à les respecter, mais il les relativise : c’est à Dieu et non aux hommes que s’adresse, au final, l’obéissance du chrétien.

Il reste à préciser que Paul a souvent cédé à la colère – il est entré en conflit avec Marc, Barnabé, Pierre et des gens de l’entourage de Jacques, mais son attitude était motivée par la passion de l'Évangile et le souci d’en défendre la vérité envers et contre tout.

François Delmas-Goyon, Buc (78)

Arbre 322_Relation à autrui selon Paul

 

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