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SILENZIO ! Assise - janvier 2011- art. 40 Suzanne

SILENZIO ! 

Assise - janvier 2011

Fran--ois-en-adoration.jpg  

  photo : François en adoration (Basilique supérieure San Francesco)

Goûter Assise en hiver, prendre le risque du brouillard qui monte de la plaine d’Ombrie pour envelopper la ville et y deviner avec plus de mystère, la présence de François.


Affronter le vent froid qui descend du mont Subasio enneigé et rejoindre François au Carceri au cœur de sa nuit.


Marcher vers San Damiano que les derniers rayons de soleil illuminent avant l’heure de vêpres.


Contempler Assise de la Rocca au coucher du soleil, avec cette lumière rasante d’hiver qui donne une couleur si particulière aux pierres.


Bref, goûter Assise enveloppée de son silence d’hiver, porte plus profondément à la méditation et à la contemplation. Nous comprenons mieux comment le silence de l’homme et le silence de Dieu peuvent entrer en correspondance et, comment, dans cette communion, ce double silence devient le lieu de la Transfiguration.


Silenzio à l’Ermitage des Carceri.

C’est à l’ermitage des Carceri, balayé par les intempéries, qu’agenouillé dans un pauvre abri, nous comprenons que, s’il veut se jeter dans les bras du Dieu Vivant, du Dieu Amour, l’homme doit faire l’expérience de l’absence de Dieu et de son silence. Ce ne sont pas les dogmes ni les lois qui peuvent faire comprendre à l’homme que la toute-puissance de Dieu est celle de l’amour et que, si « l’amour est fort comme la mort » comme le dit le Cantique des Cantiques, sa force est fragile comme la tendresse et la miséricorde, faible et fragile comme la naissance. Ce ne sont pas les discours qui peuvent faire comprendre cela à l’homme, mais le silence. En lui peut naitre la vérité de la communion de Dieu et de l’homme.


Silenzio à la Basilique Santa Chiara.

Pour l’homme Biblique, Dieu a un visage et il parle à l’homme. Etre seul à la Basilique Santa Chiara, devant le Christ de Saint Damien, nous fait vraiment découvrir que le combat intérieur entre l’homme et Dieu a pour ultime langage le silence. C’est lui qui reste quand on a épuisé les discours qui s’efforcent en vain de combler le gouffre infini qui sépare la chair de l’esprit. Lorsqu’il consent à parler, Dieu a forcément le dernier mot, bien au-delà du dernier mot de François. Mais ce dernier mot de Dieu n’est audible que parce que François a renoncé à son propre discours.


Après la tempête, après la lutte, l’homme doit accepter de faire silence pour pouvoir entendre et écouter. François perçoit alors la voix qui ne veut rien expliquer mais qui vient lui parler de présence et d’amour.

Devant la dépouille de sœur Claire comment ne pas profiter de l’absence de la foule pour s’agenouiller près de la « Pauvre Dame », devant celle qui place le rôle de l’abbesse dans la foulée du « serviteur de Yahvé », de celui qui écoute et transmet avec douceur.  Comment ne pas méditer  cette exigence qui touche à la racine biblique, évangélique et christique du rôle de l’abbesse dans son acceptation profonde de « mère ».[1]


Silenzio à la Basilique San Francesco.

Ce n’est qu’à l’abri des murs de sa demeure que l’îlien goûte au silence bienfaisant. Ce n’est que lorsqu’il rentre en lui-même, au plus profond de sa sincérité que l’homme peut faire silence devant Dieu. A l’abri de tout bruit, la Crypte de la Basilique San Francesco nous laisse entendre les battements du cœur de François. Elle devient demeure bienfaisante, lieu de la rencontre. La sincérité s’impose devant François et devant Dieu.

La Basilique et ses trésors se dévoilent, chaque détail est vu, entendu au cœur du silence. L’histoire devient réalité.


Silenzio à San Damiano.

La place est vide. Seuls un ou deux frères la traversent parfois. Il suffit de s’attarder dans le dortoir des « Pauvres Dames », devant l’emplacement de sœur Claire, pour en saisir le « parfum »

« Un vase si rempli d’aromates ne pouvait rester enfoui sans diffuser son parfum dans toute la demeure du Seigneur. Plus elle brisait l’albâtre de son corps dans l’étroit réduit de sa solitude, plus se répandait dans l’Eglise entière, le parfum de sa sainteté. » (Bulle de canonisation 2-3)


Il suffit de contempler le dortoir et de parcourir le cloître, en silence, avec un frère qui, imprégné de la douceur de Claire, a su poser la main sur notre épaule pour nous accompagner dans la prière.

La petite chapelle est vide également. François et Claire sont là cependant. Il suffit de les regarder. Il suffit aussi de regarder les frères préparer l’Autel pour l’adoration du Saint Sacrement et de chanter les Vêpres avec eux.


« Seigneur, me voici devant toi, tout simplement, dans le silence. Rien n’est plus important pour moi que d’habiter en ta présence »


Silenzio à la Portioncule.

Silence ! C’est le lieu de tous les possibles, c’est le lieu du passage de la mort à la vie !


Se taire, tendre l’oreille vers Dieu, aiguise l’attention et prépare l’âme à devenir calice. Laissons-nous envahir par le silence pour entrer dans une libération et une paix profondes. Le corps, le cœur et l’esprit peuvent ainsi se laisser saisir, approcher, toucher par le Christ. Se laisser pénétrer par sa douceur pour s’apaiser enfin sous l’effet de sa caresse. C’est dans ces brefs instants de plénitude que la joie intérieure se manifeste et que le sourire du cœur illumine notre visage.


Silenzio au Monastère Sainte Colette.

Halte spirituelle pour s’imprégner  de la paix répandue par François et Claire. Témoins de cette histoire d’amour, les Sœurs Pauvres de Sainte Claire, présentes mais en retrait, implorent la tendresse de Dieu sur tout un chacun.


Suzanne Giuseppi Testut  -  ofs

 

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[1] « Regards sur Claire d’Assise », p. 9, Sœur Marie-Aimée du Christ

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