Bonjour!
Dans la froidure de notre hiver, l’investiture d’Obama a été comme une brise de printemps. Pour prolonger le rêve et réfléchir à la vie, ce petit « signe de vie » pose la question
incontournable de l’engagement : « M’aimes-tu ? »
Avec tendresse,
Laurette
M’AIMES-TU ?
Avec ce titre, je pense moins à la fête de saint Valentin qu’à cette triple question de Jésus à Pierre : « M’aimes-tu »? La réponse de Pierre, d’abord assurée, se fait peu à peu tremblante, au souvenir de sa fragilité :
« Seigneur, tu sais bien que je t’aime ». Une parole venue du cœur.
La fragilité de Pierre, comme celle de l’Église, comme celle de nous tous, c’est que nous pleurons de ne pas aimer à la hauteur de nos désirs. Nous ne connaissons que trop, nos obscurités, nos refus, nos paresses à aimer. Et pourtant : « Seigneur, tu sais bien que nous t’aimons ».
Que se passe-t-il quand l’Église s’interroge sur sa capacité à aimer ? Rien de sa vie n’a de sens, sinon son amour, la seule chose qui fait vivre les chrétiens. Ces chrétiens, les reconnaîtrons-nous alors, uniquement dans leurs églises à moitié vide, ou bien en les regardant vivre leur engagement en plein monde? Frustrante est la vie de l’Église, si elle passe son temps à compter ceux qui la quittent. Oui, triste est-elle, comme un temple vide, comme un clocher qui s’effondre! Mais dans le passage désertique que nous vivons, aurions-nous oublié que Dieu n’est pas dans les briques et que le feu d’un grand amour brûle encore dans le cœur de ses fils et de ses filles?
Après avoir vécu une époque de grand pouvoir, dans un monde discipliné où les puissants courbaient la tête et les foules venaient se réfugier, les chrétiens se trouvent aujourd’hui dans une Église qui ne peut plus se présenter en habit de puissance et de gloire. Elle scandaliserait ! Jésus veut que le berger soit humble et qu’il ne regarde pas son troupeau comme du haut d’un piédestal, mais plutôt, qu’ensemble, pasteur et chrétiens, soient en habit de service. C’est au ras du sol que doit se vivre un Évangile de joie, de liberté, de compassion et d’amour, comme un levain caché dans la pâte. C’est le visage de Dieu que nous avons à donner au monde. Le visage d’un Dieu d’amour, si bien que les chrétiens pourraient répondre à qui les interrogerait : « Seigneur, tu sais bien que nous t’aimons ».
Au fait, le grain a besoin d’être enfoui pour grandir. Ce n’est pas très drôle, mais c’est la condition du bonheur promis par Jésus à ceux qui le servent : nouer le tablier, se mettre à genoux, laver les pieds de ceux qui ont marché dans la poussière et soulager les blessures de la route. Et cela, pas seulement le Jeudi saint, mais quotidiennement. Bonheur âpre et profond qui s’installe peu à peu et qui se renouvelle.
C’est le Christ qui fonde l’Église, et non les chrétiens. Il n’a qu’un besoin, mais il est de taille. Il a besoin que des hommes et des femmes répondent à sa question; « M’aimes-tu » ? Ni triomphe, ni gloire. Une réponse tremblante de fragilité, comme celle de Pierre : « Seigneur, tu sais bien que je t’aime ».
Laurette Lepage