Les difficultés de l'après séisme... pas évident et que penser pour l'avenir d'Haiti ?
Le 29 août 2005, l'ouragan Katrina frappait de plein fouet La Nouvelle-Orléans, inondant 80 % de son territoire et forçant l'évacuation de la quasi-totalité de sa population. Cinq ans plus tard,
la Big Easy a repris vie, offrant même des occasions jadis impensables. Mais l'ouragan le plus coûteux de l'histoire a aussi laissé des cicatrices et des plaies encore béantes. Premier de deux
textes.
Le petit bungalow fraîchement reconstruit de Wesley Hall semble avoir été parachuté dans le quartier. La brique neuve, le gazon touffu et la clôture métallique étincelante cohabitent avec des
maisons abandonnées, des terrains envahis par le chiendent, des rues truffées de nids d'autruche et des fils électriques qui pendent. Le petit havre de M. Hall, un Afro-Américain de 59 ans, est
l'exception dans le village fantôme auquel ressemble le Lower Ninth Ward, l'un des quartiers de La Nouvelle-Orléans les plus touchés par l'ouragan Katrina.
La reconstruction se fait toujours attendre dans le Lower Ninth. Seulement le quart des maisons ont fait peau neuve dans ce quartier pauvre à forte majorité noire et situé jusqu'à quatre mètres
sous le niveau de la mer. Bien des images montrant les toitures émerger de l'eau après que les digues eurent cédé en 2005 ont été prises ici.
Le Lower Ninth n'est pas représentatif de l'ensemble de La Nouvelle-Orléans. Heureusement. Aujourd'hui, les deux tiers du territoire urbain sont reconstruits, et 80 % de la population pré-Katrina
(soit 375 000 habitants) est revenue au bercail après un exil plus ou moins prolongé dans les villes et les États voisins. Malgré la marée noire venue tempérer les ardeurs des Néo-Orléanais cet
été, l'élection triomphale du maire Mitch Landrieu en février — qui remplace ainsi le très controversé Ray Nagin — et la victoire improbable des Saints lors du dernier Super Bowl ont donné un
fier élan à l'optimisme qui gagnait en intensité depuis quelques mois déjà. Mais, de toute évidence, l'on ne se remet pas si facilement d'une si grande catastrophe. Et des cicatrices, sinon des
plaies encore béantes, balafrent encore le visage de la ville en plusieurs endroits.
Laissés derrière
Wesley Hall ne sait pas où ses voisins sont allés. Partis comme lui en trombe après l'ouragan, ils ne sont jamais revenus. «Ils sont peut-être restés à l'extérieur, en Arkansas ou au Texas»,
suggère-t-il avec son accent du Sud à trancher au couteau, ajoutant que lui, sa femme et ses deux enfants ont été séparés entre ces deux États avant de se retrouver en Arkansas, un peu plus tard.
M. Hall est revenu depuis quelques mois seulement à La Nouvelle-Orléans, mais ses enfants sont restés là-bas et sa femme, elle, s'est éteinte en chemin. «Le stress l'a tuée», dit-il, le regard
fuyant.
S'il a pu revenir, c'est parce que cet entrepreneur en construction à la retraite avait 100 000 $ en poche pour se reconstruire, en plus d'un peu d'aide de l'État. Encore que sans l'argent et les
bras de l'ONG presbytérienne Project Homecoming, il n'aurait jamais pu terminer le travail, assure-t-il.
La dévastation du Lower Ninth est pratiquement sans égal dans la Big Easy, mais d'autres quartiers restent sévèrement touchés. Les quartiers résidentiels de classe moyenne Gentilly et Lakeview,
dans le nord de la ville, ne sont reconstruits qu'à moitié, tandis que Mid-City est complètement bigarré; des pâtés de maisons reconstruits côtoient un terrain vague et des immeubles désaffectés
jouxtent des résidences demeurées intactes.
Une question d'argent
La reconstruction est lente dans ces quartiers pour des raisons économiques. «Ces maisons ne valent pas grand-chose, explique Greg Rigamer, directeur de GCR & Associates, un cabinet de
consultants très impliqué dans la reconstruction de la ville. Dans Gentilly, par exemple, une maison unifamiliale coûte environ 184 000 $. Mais les coûts de reconstruction dépassent souvent sa
valeur. Alors, sentimentalement, vous voudrez peut-être reconstruire votre maison, mais, économiquement, ça n'a pas vraiment de sens.»
D'autant que l'aide publique est souvent insuffisante dans les cas de grande dévastation. Le principal fonds d'aide aux sinistrés, le Road Home Program, dispose de 8,6 milliards de dollars, mais
les sommes moyennes accordées oscillent entre 70 000 et 80 000 $, et le plafond — difficile à obtenir — est figé à 150 000 $.
Dans son ensemble, La Nouvelle-Orléans est «de retour dans la ligue», estime Greg Rigamer. Selon ses calculs, le montant d'argent engagé dans les différents projets et programmes dans la ville
par les gouvernements fédéral, étatique et municipal atteint 27 milliards en 2010, dont 15 milliards sont exclusivement destinés au renforcement du système de protection de la ville contre les
ouragans, l'un des plus vastes chantiers au monde. Or, les investissements privés restent très rares, ajoute-t-il, et la création d'emplois n'existe à peu près pas. Seule l'industrie de la
construction a vu le nombre d'emplois augmenter depuis la période pré-Katrina (+3,5 %). Tous les autres domaines d'activité, comme le secteur public, le tourisme, la finance, la santé ou
l'éducation, ont vu les emplois chuter entre 10 % et 24 %.
Alors que faire pour reconstruire les quartiers dévastés? Pour M. Rigamer, la réponse est évidente: «Nous avons besoin d'emplois.»
source http://www.ledevoir.com