Prier avec le Cantique des Cantiques
Je suis noire mais je suis belle
Ce sont mes fautes et mes égarements de toutes sortes qui ont mis tout ce noir en moi. Mes épreuves m’ont brûlé le teint et mes blessures m’ont défigurée. Mais malgré tout ce noir, je reste belle parce que mon âme, lampe de mon corps ne s'est pas éteinte, elle brille tout au dedans de moi d’une petite flamme tremblotante et celui que mon cœur aime, celui pour qui rien n'est caché, la voit et m'aime.
C’est toute cette ombre en moi qui aplatit mon être au sol et contre les murs, une ombre appelée à se laisser pénétrer par celui qui est la lumière du monde pour s’élever haut dans le ciel, légère, légère. Passer enfin de l’image (tselem en hébreu, contient le mot tsel ombre) à la ressemblance (demout en hébreu, contient le mot dam sang) par le sang de la croix, douleur de l'enfantement dans l’offrande d’une vie qui se donne.
Je suis noire mais je suis belle. C’est ton regard posé sur moi Seigneur qui me rend belle, un regard qui ne condamne pas mais qui pardonne, un regard qui éveille et relève. Bouleversant regard du Christ posé sur chacun d’entre nous, invitant à nous regarder et à regarder l’autre comme lui nous regarde.
Mon Bien Aimé est un sachet de myrrhe qui repose entre mes seins.
La myrrhe est une gomme résineuse qui suinte naturellement du tronc de l'arbre et son odeur favorise le travail de l'éveil intérieur, exalte les vertus féminine d'ouverture, d'accueil et de maternité.
Ce sachet de myrrhe qui repose sur mon cœur, en mon centre, c'est l’arbre de la croix, d’où s’échappent silencieusement, le sang et les larmes du Christ, sang et eau de son côté ouvert qui abreuve jusqu'à la fin des temps l'humanité toute entière, en lui renouvelée.
Mon bien aimé est pour moi une grappe de henné dans les vignes d’Ein Guedi
Cofer henné en hébreu) s'apparente au mot kapara expiation et rachat.
Tu m’as rachetée Seigneur, tu as couvert toutes mes fautes, tu as donné ta vie en rançon pour la mienne, et depuis, monte tout au dedans de moi, ce lancinant désir de t'offrir la mienne en retour. Une vie qui bien que tiraillée par de multiples forces contraires ne veut cependant que t'appartenir et monter vers toi en odeur agréable sur l'autel des sacrifices.
Je vous en conjure filles de Jérusalem par les gazelles, par les biches des champs,
N’éveillez pas, ne provoquez pas l'amour avant qu'il le veuille !(Traduction littérale de l’hébreu)
Leitmotive ô combien poignant d’une supplique trois fois répétées par une Bien Aimée « malade d’amour » à toutes celles qui prises de pitié, voudraient hâter l’heure de sa délivrance.
Elle sait bien elle, qu’il ne faut rien précipiter, que seul le maître du monde et du temps connaît l’heure propice de l’union. Elle sait bien que cette absence qui la creuse est nécessaire car elle seule exacerbe son désir, nourrit sa fièvre amoureuse jusqu’à ce que son être tout entier ne soit plus qu’offrande, qu’un grand oui ! C’est ce moment que le Bien Aimé attend pour la couvrir de son ombre, et la revêtir du vêtement de noce.
Élisabeth
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