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OFS séculier...au service du Royaume de Dieu!

Professant la règle de l'OFS,

nous nous consacrons au service du Royaume de Dieu

Stjepan Lice, OFS

(2008)

La  spiritualité franciscaine séculière

 

La spiritualité franciscaine séculière n'est pas une spiritualité qui prend ses distances du monde, une spiritualité peu sociable ou cachée, mais bien une spiritualité qui s'affiche dans le monde, une spiritualité qui s'implique dans le monde. La dimension fondamentale de la spiritualité franciscaine séculière est justement d'être séculière par ses responsabilités concrètes dans le monde; des responsabilités qui commencent par l'attention à porter à la vie de famille, à la recherche  et la diffusion d'une atmosphère familiale dans le monde et dans l'Église, jusque dans le dialogue oecuménique et interconfessionnel.

 

La spiritualité franciscaine séculière est l'une des nombreuses bonnes voies conduisant à Dieu et l'humanité qui furent tracées au cours de l'histoire du Christianisme et de l'Église. Cependant, cette voie ne s'arrête pas à l'Église, mais traverse le monde de manière telle qu'elle doit être continuellement revue pour s'adapter de façon précise à chaque période et chaque environnement par un engagement de vie, tant personnel que communautaire. Même s'il devait arriver que l'engagement communautaire soit insuffisant, l'engagement personnel ne peut manquer car l'Évangile invite chacun de nous à se consacrer au service du Royaume de Dieu.

 

La spiritualité franciscaine séculière est une spiritualité d'Évangile. Elle se voudrait spiritualité qui  vive littéralement l'Évangile, car l'Évangile n'est pas réservé à des occasions ou moments particuliers. Nous devons vivre l'Évangile totalement et en profondeur. Se satisfaire d'une vie partiellement évangélique serait le trahir. Une vie évangéliquement médiocre est une vie non-évangélique.

 

Il ne peut y avoir de spiritualité franciscaine séculière vécue avec tièdeur car elle présuppose une confiance totale en Dieu, un don total de soi à Dieu. La spiritualité franciscaine séculière ne peut être vécue que dans l'enthousiasme. Seul un cœur enthousiaste, un esprit enthousiaste, peut la comprendre et l'aimer.

 

 

 

 

Découverte personnelle et familiale de la spiritualité franciscaine séculière

 

Quand, avec ma femme Ruzica, j'ai commencé à connaître la spiritualité franciscaine au début des  années quatre-vingts (et, je n'exagère pas, avec enthousiasme)  je me suis demandé quel était le sens de la Profession de vie évangélique car, depuis l'âge de raison, je m'étais toujours efforcé de vivre tant que possible selon le saint Évangile.

Je découvris fort vite qu'être engagé à vivre selon l'Evangile est une chose et faire Profession de vie évangélique en est une autre. La spiritualité franciscaine séculière m'a aidé à comprendre mieux que l'Évangile est vie avec les autres, vie avec Dieu et avec les hommes et les femmes. Je compris que faire Profession de vie évangélique, devant d'autres et devant Dieu, n'était pas une formalité mais un acte essentiel sur lequel est fondée l'identité du Franciscain séculier.

 

Bien que j'aie toujours été chrétien, c'était vraiment le franciscanisme qui a donné visibilité et identité à mon christianisme en ajoutant une dimension qui m'a rendu la vie et Dieu plus clairs comme je suis devenu plus clair à moi-même. C'est une dimension sans laquelle je ne peux plus vivre. J'ai eu de la chance, une bienheureuse bonne chance, car je suis entré dans le monde franciscain,  dans la spiritualité franciscaine, avec ma femme Ruzica. Et donc la spiritualité franciscaine est devenue la spiritualité de notre famille.

 

Le fait que j'aie fait cette Profession de vie évangélique avec ma femme et quelques vingt frères et sœurs, en majorité jeunes, alors qu'il n'y avait depuis longtemps eut que peu de Professions dans l'OFS de mon pays, a rendu cette Profession plus marquante et plus exigeante pour chacun de nous. Je me rappelle la ferveur avec laquelle fut dit chaque mot du cérémonial.

 

Avec le temps, j'ai compris et continue à comprendre mieux la valeur de notre acte. Plus tard, comme responsable de formation initiale, j'ai découvert combien de richesse, combien de stimulation il y a dans l'expression simple de la Règle de l'OFS.

 

Ma femme Ruzica et moi avions vécus précédemment notre christianisme avec zèle et grand engagement, mais cependant avec un certain malaise. Nous ressentions toujours une difficulté de l'exprimer, à nous-mêmes et aux autres (parfois contre les autres). Essentiellement, le franciscanisme nous a aidés à vivre notre christianisme de façon plus sereine et aussi plus engagée, sans besoin d'une évaluation continuelle, mais avec attachement et confiance dans le Seigneur qui compensera nos limites.

 

C'était au temps où le communisme était au pouvoir en Croatie et que, par conséquent, la foi et les pratiquants étaient suspectés, méprisés et discrédités. Mais vivre la foi était beaucoup plus important pour mon épouse et moi que tout ce que le monde de cette époque pouvait offrir. D'autres difficultés sont survenues du fait que nous travaillions tous deux, comme c'est encore le cas, dans l'enseignement et la formation. Ma femme Ruzica était institutrice dans une maison d'enfants. J'étais, quant à moi, secrétaire à l'Université. Ma femme a été, en certaines occasions, considérée comme personne douteuse: l'on considérait, à l'époque, impossible d'être à la fois éducateur et lié à une religion. Dès mon entrée à l'école secondaire j'avais publié sous mon propre nom des articles dans des magazines religieux. Cela m'a créé quelques problèmes et m'a fermé des portes, mais ma femme m'a toujours soutenu.

 

Notre engagement s'est accru lorsque nous sommes entrés dans la Famille franciscaine. Nous avons participé et participons encore à beaucoup de projets franciscains ou d'Eglise. Quand Emanuela Mattioli, alors Ministre générale de l'OFS, vint en Croatie en 1986 et visita la Bosnie et l'Herzégovine, une photo, où

 j'apparaissais avec quelques-uns des frères et sœurs OFS, fut publiée en notre bulletin « Frère François ». A la Faculté, la question fut alors posée de pouvoir me conserver au travail, bien que membre d'une organisation religieuse ou secte. En ce qui me concerne, j'ai toujours essayé de vivre l'Évangile et de travailler sans trop de paroles. Ma présence à l'université n'a pas été discutée.

 

Après l'instauration de la république en Croatie, ma femme Ruzica, ressentant le besoin d'enrichir sa foi, étudia la théologie et la catéchétique à la Faculté de théologie de Zagreb pour, par après, devenir catéchiste dans l'école primaire où elle travaille encore aujourd'hui. Elle commença aussi à préparer des adultes à recevoir les sacrements et à mener une vie de foi dans l'Église. Moi, j'ai de 1994 à début 1998 travaillé au Ministère de la Culture et des Sports du gouvernement croate. De plus, j'ai, en 1994  commencé à collaborer à la station de radio "Pensée Spirituelle".

 

Nous avons trois enfants que nous n'avons jamais, d'aucune façon, forcés à entrer dans la Jeunesse Franciscaine. Ma fille en a toutefois été membre, puis a fait Profession de vie évangélique dans l'OFS l'année dernière (j'étais son responsable de formation). Un de mes fils, membre de la JeFra, y a rencontré sa femme, ils ont deux enfants. Le plus jeune fils se prépare au mariage avec une autre membre de la JeFra.

 

 

Spiritualité franciscaine séculière et courage évangélique

 

Je me demande parfois ce qui rend difficile la vie selon l'Évangile. Est-ce vouloir vivre selon la spiritualité franciscaine ? Est-ce le chantage et les menaces du temps du communisme, ou est-ce l'indifférence et le relativisme du capitalisme? Je crois qu'il n'y a pas de réponse unique. Chaque époque à ses propres défis, parfois évidents et parfois voilés. Les changements sont dans la manière, non dans la substance. Et toujours, ce sont la famille et l'individu qui courent les plus grands risques.

 

En toute époque, le meilleur appui pour vivre selon l'Évangile est le courage. L'Évangile aide à la croissance de la personne en âge, sagesse et grâce. Et la famille, humaine et spirituelle, est le berceau de la personnalité, l'endroit le plus approprié pour sa croissance.

 

Tout ce qui menace et sape la famille menace et sape par conséquent la personne. Dans un monde où l'individualisme prédomine, il n'y a pas d'espace de rencontre, de vie avec les autres, de vie en communion. Dans un monde dépersonnalisé, l'Évangile devient une belle histoire, sans influence sur la vie.

 

Les Franciscains séculiers sont donc appelés à s'engager à une vie évangélique particulière dans le monde. Vivre l'Évangile signifie s'engager dans des chemins différents de ceux du monde. Réussir, au sens évangélique, est par conséquent différent de réussir au sens du monde. Si ces deux logiques peuvent, parfois, coïncider, elles ne se rencontrent le plus souvent pas. Quiconque vit l'Évangile et dirige sa vie suivant les idéaux évangéliques ne recueille pas forcément les "applaudissements" du monde et pourtant sa vie est toute bénédiction.

 

En professant la Règle de l'OFS, les Franciscains séculiers savent qu'ils sont appelés, tant comme individus que comme Fraternité, à promouvoir la justice de façon réaliste, dans la vie publique, par leur témoignage de vie et des initiatives courageuses. Ils ne seront vraiment eux-mêmes que si tout ce qu'ils entreprennent est conforme à l'esprit évangélique et au charisme de François d'Assise; si, ne se limitant pas à dénoncer les fautes et omissions des autres, ils contribuent  par leur engagement personnel et communautaire à la construction d'un monde meilleur. Un désengagement commun, s'il devait se produire, ne peut cependant pas justifier un désengagement personnel. 

 

Le Franciscain séculier, si il/elle veut vraiment suivre Jésus à l'exemple de saint François d'Assise, si il/elle vit l'Évangile, sait que la vie est un service, un service d'amour. Il/elle n'accepte donc pas un engagement minimaliste, mais cherche quelque chose de plus, de plus exigeant et plus noble: offrir la Bonne Nouvelle dans toutes les circonstances de la vie.

 

Être au service du Royaume de Dieu, tout en étant conscient de nos limites et de la faiblesse de nos efforts, c'est faire circuler la Parole évangélique par les chemins du monde et préparer un avenir meilleur, transmettant en héritage l'Evangile vécu en notre vie de tous les jours.

 

Source: http://www.ciofs.org/Koinonia/bka8fr03.doc

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