Je vous présente un article de notre amie Laurette Lepage qui le 28 mai lançais
un livre au titre évocateur, pour ceux et celles qui voudrons l'acquérir, j'ai mis au bas de l'article un lien. Ceci est une initiative personnel et non une demande de Laurette.
Laurette, tu n'es pas franciscaine de par ton engagement dans l'OFS, mais une franciscaine dans l'âme!
Merci beaucoup Laurette et bon succès!
MOT DE LAURETTE
Lancement du livre « Debout les pauvres ! »
28 mai 2009
DIS-NOUS QUELQUES SECRETS DE CE TITRE
« Debout les pauvres
! »... Un titre « provocateur », dit-on ! Je n’en suis pas gênée, en pensant
à Celui qui a provoqué le premier : le Christ ! Après la chanson qu’on vient d’entendre, on ne peut s’empêcher de penser à la parabole du
Père qui va au-devant de son fils prodigue. Son garçon devait être
crotté... Ce père de la parabole, c’est Dieu ! Dieu n’a pas peur des crottés ! Dieu n'a pas peur des drogués, des alcooliques, des divorcés remariés, des non-pratiquants, des accotés, des mal-aimés de toutes sortes. Dieu n’a pas peur de tous ces crucifiés d’aujourd’hui !
La bonté de Dieu nous étonne et nous scandalise. Tellement que parfois, on est jaloux ou choqué, comme le fils aîné de la parabole, quand des pécheurs reçoivent plus d’attention que des gens vertueux. Dieu est du côté des pauvres. Il a un faible pour les plus pauvres. Il sait de plus, que nous sommes tous pauvres en quelque part. Il s’est fait lui-même pauvre, de la crèche à la croix. Quel Dieu déroutant !
C’est un bonheur à l’envers, que nous propose le Christ des béatitudes, en proclamant : « Heureux, vous, les pauvres » ! Par ces paroles, il n’a pas dit aux pauvres de se résigner, mais bien plutôt : : “Relevez la tête! Debout! En marche!” Le mot « heureux », en hébreu, se traduit justement par: “debout !” “en marche !”
Mgr Fournier, dans sa préface, a su traduire tout cela, dans des mots d’aujourd’hui, en parlant de la « nouveauté à double révolution ». Merci, Pierre-André, (excusez, j’ai bien de la misère à dire « Monseigneur»), d’avoir si bien présenté « Debout les pauvres ! ».
Debout, les pauvres, les pacifiques, les persécutés! Debout, les exclus! Un programme vous est proposé! La paix n’est pas donnée toute faite, il faut la bâtir ! La justice n’est pas donnée toute faite, il faut la conquérir avec l’obstination des « non-violents » et la ténacité des « résistants » !
Les béatitudes feraient-elles des disciples de Jésus, des « résignés », enveloppés dans leurs guenilles de misère, sans faire le moindre effort pour s’en sortir? Les béatitudes feraient-elles des disciples de Jésus, des masochistes qui se complaisent dans leur souffrance en attendant le bonheur du ciel? Ce serait donner raison à Karl Marx, qui parlait de la religion comme « l’opium du peuple ».
Non, le Christ n’a pas dit:
- “Heureux les chômeurs, les itinérants, les assistés sociaux.
- “Heureux ceux qui vivent sans rien faire, aux crochets de la société”.
- Non, le Christ n’a pas dit: “Heureux les débiles, les tarés, les bons à rien, les malades mentaux”....
Mais le Christ a dit, et cela, pour tout le monde:
- « Heureux les pauvres dans leur cœur »....
- Heureux les détachés: ceux qui ne sont pas rongés par la maladie de l’avoir et du pouvoir...
- Heureux ceux qui apprécient ce qu’ils ont et n’en veulent pas toujours plus...
- Heureux ceux qui aiment les pauvres: ceux qui peuvent donner à plus pauvres qu’eux...
- Heureux ceux qui se penchent sur toutes les pauvretés: sur celles qui mendient la tendresse, sur celles qui mendient l’espérance, sur celles qui mendient une présence.
C’est à ceux-là que le Royaume des cieux appartient. Car ils sont libres et détachés dès ici-bas. Ils sont libérés de tous ces fils qui retiennent l’être humain dans son envol vers les autres et vers Dieu, tandis que les repus sont tentés de s’agripper à leurs biens.
Frédy Kunz, le fondateur des Fraternités du Serviteur souffrant, au Brésil, et décédé en l’an 2000, adressait à Regina, lors de sa profession religieuse, à la Communauté protestante de Grandchamp, en Suisse, les paroles suivantes:
“Un jour, ma petite, tu rencontreras un homme sans beauté,
sans rien pour attirer le regard,
comme s’il était une ordure de l’humanité.
Alors là, ne te sauve pas. N’aie pas peur. Approche-toi.
Mets-toi à genoux et dis: “Parle, Seigneur”.
Et là, le Bien-Aimé te dira des choses ineffables,
tellement belles... Un secret merveilleux.
Et ce sera la grâce de ta vie”
Mets-toi à genoux et dis: “Parle, Seigneur!
Il faudrait que nous entrions dans le monde des pauvres comme dans un sanctuaire, sur la pointe des pieds, en nous mettant à genoux. Il faudrait que nous entrions dans le monde des pauvres, un peu à la manière de Moïse, devant le buisson-ardent, quand Dieu lui dit : “Enlève tes sandales... car la terre que foulent tes pieds est sacrée!” (Ex 3,5). Entrer chez les pauvres, c’est entrer sur le territoire de Dieu. C’est là le lieu de sa Présence !
La longue marche du Serviteur souffrant, qu’a été toute la vie de Frédy Kunz, notre fondateur, est une semence de fraternité qui s’est déjà multipliée dans plusieurs pays . Après le Brésil, c’est en France, en Suisse, en Espagne, en Italie, en Belgique, et ici, au Québec, sans compter les autres petites pousses en Amérique Latine et en Afrique. Et ce soir, nous avons la joie d’avoir avec nous, deux personnes qui sont au service (de) cette grande Fraternité, pour créer des liens et maintenir l’unité, dans la diversité de tous ces groupes : Nara Rachid, du Brésil et Michel Bavarel, de Suisse. Merci, tous les deux, pour votre présence et votre service si attentifs à la grande famille de la Fraternité !
Le livre « Debout, les pauvres ! », ne prétend pas être une analyse sociale de la pauvreté, mais bien, l’expérience de personnes qui vivent dans leur chair et dans leur coeur toutes sortes de pauvretés: celles du corps, du coeur et de l’esprit. Le livre raconte tout simplement l'histoire de personnes rassemblées dans la Fraternité de l'Épi, un peu à l’image de la parabole du banquet des noces où le roi envoie chercher sur les trottoirs les aveugles, les « sans parole », les boiteux, les estropiés et fait avec eux, la fête.
La Fraternité de l’Épi est animée par la mystique du Serviteur souffrant, ces chants du Serviteur qu’on trouve aux chapitres du prophète Isaïe, dans la Bible. Les gens se reconnaissent dans ce Serviteur défiguré, mais que Dieu a ressuscité.
- Gaston reconnaît sa propre histoire quand il dit : « Moi aussi, comme le Serviteur souffrant, j’ai été « foulé aux pieds comme une ordure ».
- Micheline dit : « Comme le Serviteur souffrant, mon « visage est sans beauté », mais moi, je suis belle en dedans ! »
- Line qui a perdu son mari, il y a quelques années, s’écrie dans sa peine : « Moi, je me reconnais quand on dit que le Serviteur souffrant, c’est « l’homme de douleur » J’étais comme lui, à la mort de Gilles ».
Ce Serviteur souffrant qui vit aujourd’hui parmi nous, on le chante comme çà, à chaque réunion de l’Épi. Tu veux commencer, Alberte ?
Oui, notre Dieu est vivant
Son amour, de tous les temps ! (bis)
Grande victoire, ô Marie
Annoncée aux tout-petits (bis)
Tu marches encore sur nos chemins,
C’est toi, Jésus qui nous tend la main
Tu continues de porter la croix
Et de changer nos douleurs en joie.
Dans tous nos frères, c’est ton Visage
Que nous voyons, Serviteur souffrant
Pourquoi chercher dans les nuages
Quand tu nous croises à chaque tournant.
(Chant de l’Épi)
Pourquoi chercher dans les nuages, quand tu nous croises à chaque tournant ? Cette histoire, vous la lirez à chaque page du livre « Debout les pauvres ! »
Et Monseigneur Couture, qui a reconnu la Fraternité de l’Épi comme une petite pousse « valable » dans son diocèse, est ici, avec nous, ce soir et nous l’écouterons à l’instant, nous redire encore : « Mes bien-aimés ».
Merci !
Laurette Lepage