La 33e rencontre de Taizé s’est achevée samedi à Rotterdam. L’évêque du diocèse, Mgr Adrianus van Luyn, se réjouit de la stimulation que ce
rassemblement a déjà apportée dans les relations œcuméniques et la pastorale des jeunes
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Mgr Adrianus Van Luyn, évêque de Rotterdam et président de la Comece, lors d'une conférence organisée dans le cadre du Comece European Congress à Rome, le 23 mars
2007. (Daniele Colarieti/CPP/Ciric)
ENTRETIEN
Mgr Adrianus van Luyn, évêque de Rotterdam
"La Croix" : De quand datent vos premières relations avec la communauté de Taizé ?
Mgr Adrianus van Luyn : Elles remontent à 1980 :
j’étais alors supérieur provincial des salésiens et j’avais emmené un groupe de jeunes à Rome pour la rencontre de Taizé à Saint-Jean-de-Latran. Puis, en 1994, alors que je venais d’être nommé
évêque, je me suis rendu sur la colline de Taizé en France, dans le but de renforcer les relations entre les catholiques des Pays-Bas et la communauté œcuménique.
Deux ans plus tard, j’ai invité Frère Roger Schutz à l’occasion du 40e anniversaire du diocèse de Rotterdam : il y eut une rencontre magnifique, dans la vieille
église Saint-Laurent, devant plus de 5 000 jeunes.
C’est ainsi qu’à partir de 1996, des groupes de prière de Taizé se sont constitués à Rotterdam et ont participé aux JMJ de Paris, de Rome et de Cologne. En juillet
2005 d’ailleurs, j’ai eu la chance de revoir Frère Roger à Taizé, un mois
avant sa mort…
Et en 2007, j’ai lancé l’invitation à la communauté de venir ici. Je suis très heureux que cette rencontre ait eu lieu en cette fin 2010, pour ma dernière année d’épiscopat (1), comme cela
avait été le cas pour le cardinal Godfried Danneels à Bruxelles en 2008.
Que représente Taizé pour vous ?
C’est tout l’Évangile résumé en trois « S » : spiritualité (à Taizé, on
apprend à aimer Dieu de tout son cœur, de toute son âme et à entrer dans une relation personnelle avec le Christ) ; solidarité (Taizé aide à entrer dans une démarche d’attention et d’amour des
autres) ; sobriété (Taizé fait découvrir concrètement la vertu de la tempérance).
Les jeunes qui viennent de toute l’Europe aux rassemblements de Taizé expérimentent ces trois « S » ; ils acceptent de sacrifier leur petit confort et ne viennent
ni pour boire, ni pour se droguer, ni pour s’étourdir de musique assourdissante, mais pour vivre – selon la règle de la communauté depuis ses débuts – la joie, la simplicité et la
compassion.
Quels fruits espérez-vous après cette rencontre de Taizé à Rotterdam ?
Une impulsion pour la pastorale des jeunes dans tout notre pays ; une
stimulation dans la collaboration œcuménique, dans le prolongement de la préparation de cette rencontre par toutes les communautés locales protestantes et catholiques ; un ralentissement du
processus de sécularisation et d’individualisation de notre société.
Bien sûr, un rassemblement de ce type ne suffit pas, à lui seul, à relancer les mouvements chrétiens de jeunesse, mais je suis sûr que beaucoup de Néerlandais vont
s’interroger, après avoir vu des images à la télévision de ces 30 000 jeunes Européens, bravant le froid et l’inconfort pour venir réfléchir au sens de leur vie et approfondir leur
foi.
J’ajouterai une attente plus personnelle, en tant que président de la Commission des épiscopats de la Communauté européenne (Comece) depuis 2006 : que les jeunes
générations de l’Union européenne, en dialoguant, en réfléchissant et en priant ensemble comme ils l’ont fait ici pendant cinq jours, puissent poursuivre la construction de l’Europe dans le
respect des valeurs humaines fondées sur l’Évangile.
Et quelles retombées espérez-vous dans les relations de l’Église avec la ville ?
Dès que je suis allé voir le maire, Ahmed Aboutaleb, début 2009, pour lui
parler de cette rencontre et lui expliquer ce qu’est Taizé, il a été enthousiaste. Il faut dire que cette année-là, Rotterdam avait été déclarée « capitale de la jeunesse » !
D’emblée, la ville a soutenu la préparation de cette rencontre, en mettant à notre disposition le vaste complexe d’Ahoy à un tarif préférentiel et en facilitant
tous nos contacts avec les services publics… Le maire de Rotterdam sait que toute société a besoin des religions : non seulement pour sortir du matérialisme qui ne donne aucun sens à la vie, mais
aussi parce qu’elles contribuent au vivre ensemble, en permettant de trouver des valeurs communes à tous.
Ces valeurs sont-elles les mêmes pour des chrétiens et pour des musulmans ?
Oui, si ces valeurs sont vraiment humaines et qu’elles respectent la
dignité de tout homme et de toute femme. Mais sans doute a-t-on encore à réfléchir ensemble à ces valeurs de base et il faut, pour cela, encourager le dialogue interreligieux et
interculturel.
Recueilli par Claire LESEGRETAIN (à Rotterdam)
(1) Mgr van Luyn a atteint l’âge limite de 75 ans en août dernier.
Source http://www.la-croix.com