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LE SILENCE ILLUMINE LE CŒUR art. 41 -Suzanne

LE SILENCE ILLUMINE LE CŒUR

  meditation au désert

Le silence de l’homme devant Dieu.

Le silence facilite le recueillement et permet d’établir un entretien avec le Seigneur bien au-delà des mots. Il fournit à l’homme certains éclairages sur le dialogue qu’il a engagé avec Dieu. Que ce silence intervienne avant, pendant ou après le dialogue, il est porteur d’un sens nouveau, d’une vision plus large mais aussi plus pure. Il est une sorte de mise à distance ou de retrait permettant une ouverture plus subtile, plus fine de tous nos sens. Sorte de maturation intime, de spiritualisation de toutes les « pures ouvertures » dont parle Simone Weil. Etat contemplatif précédant, suspendant ou prolongeant le dialogue avec Dieu. Il nous conduit vers l’expérience de l’écoute totale, de l’écoute de la Parole et du Souffle, vers l’accord entre « ce que je dis et ce que je fais », vers la vision juste des choses avant d’entreprendre.

 

Le temps mystérieux des 40 jours de silence au désert, introduit Jésus dans sa mission de Verbe. Ainsi, « Celui qui possède en vérité la parole de Jésus peut entendre même son silence »  dit saint Ignace d’Antioche.

Saint François d’Assise gardera toute sa vie, le goût du silence et des espaces retirés, à cause de la proximité avec Dieu qu’ils favorisaient. L’ermitage pour lui se rapproche plus de l’idée d’une région désertique que de l’habitat propice à la prière car il recouvre le retrait volontaire mais aussi l’absence de négoce humain. L’ermitage est ce lieu où l’intimité est sacrée, est à protéger et à défendre. Lieu où chaque mouvement accompagne la démarche de centration sur Dieu. François a le cœur-ermite mais il n’est pas seul, il est visité par Quelqu’un.[1]


« L’image nous mène. Nous allons à la solitude extrême. L’ermite est seul devant Dieu. La hutte de l’ermite est l’antitype du monastère. Autour de cette solitude centrée rayonne un univers qui médite et qui prie, un univers hors de l’univers. La hutte ne peut recevoir aucune richesse de ce monde. Elle a une heureuse intensité de pauvreté. La hutte de l’ermite est une gloire de la pauvreté. De dépouillement en dépouillement, elle nous donne accès à l’absolu du refuge.[2]


Faire silence devant Dieu demande un acte de courage compte tenu de ce qui nous est renvoyé dans ces moment-là car nous avons longtemps inversé notre état originel et adopté une attitude contre nature. La présence du Seigneur n’évacue pas le danger de l’ennemi ! L’homme qui fait silence devant Dieu porte avec lucidité ce dilemme intérieur mais il le porte comme une tension bénéfique. Au plus profond de son cœur, le calme côtoie souvent la lutte, la prière se mesure à l’épreuve du moi à purifier. Le cœur contemplatif se révèle ainsi comme la maison gardée par son ermite qui est l’âme. Elle est gardée aussi par le Seigneur même. Jésus est une force : l’homme bien armé a une maison en sécurité (Lc 11, 14-23) 

C’est pourquoi François d’Assise voit le corps comme la cellule première du frère ;  l’ermite qui l’occupe étant l’âme.


« Où que nous soyons, où que nous allions, nous emportons notre cellule avec nous » (LP 80)

Ce corps, cet « ermite », cette âme sont toujours soumis à un mouvement et à une adaptation, itinérance et permanence se côtoient sans cesse. Mais la cellule physique, dans son côté provisoire, reste un gage de stabilité et de séparation du monde. La tradition présente François ravi en Dieu, dans cet enclos de prière. (LP 84 ; 1C 50 ; LM 9, 2 ; 11,11)  L’intimité sacrée n’a cependant rien de la fermeture stérile sur soi, il suffit de voir la qualité de vie relationnelle de François.


Le silence de Dieu vis-à-vis de l’homme.

L’itinéraire solitaire de François d’Assise nous dévoile l’attrait pour le silence dans toutes ses manifestations, y compris le propre silence de Dieu.

Dans cette quête de dialogue silencieux avec Dieu, nous pouvons parfois éprouver un douloureux sentiment d’abandon faute de ressentir sa présence. Le silence de Dieu ne se fait plus entendre.  Cette absence de « manifestation » n’est-elle pas un silence pédagogique ? Est-ce la marque de sa patience qui nous confronte au vieil homme qui est en nous ? Est-ce pour nous faire sentir l’Absence et ainsi aiguiser notre désir ?

Cette terrible solitude peut nous entraîner vers un état encore plus profond et indéfinissable suscité par l’inexprimable désir de face à face. Cette solitude est un passage qu’il nous faut franchir pour découvrir une paix dépouillée de tout ressenti humain ; paix qui s’accompagne de la force d’une assise et d’un ancrage dans une liberté et une légèreté indéfinissables. Au plus près du « cœur de Dieu », la communion des silences illumine notre cœur dans la certitude de sa présence et de sa vérité.

« Il faut bien considérer que le silence mystique de plénitude suppose qu’on a déjà parcouru un long chemin où Dieu manifestait sa présence ».[3]

 

Suzanne Giuseppi Testut  -  ofs

 

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[1] Essai d’Analyse Symbolique des Admonitions de François d’Assise, Pierre Brunette, ofm

[2] Bachelard, Poétique de l’espace, 46.

[3] Charles A. Bernard, Théologie symbolique. Paris, Téqui, 1978

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