06/08/2009 20:30
Si le voyage du pape au Proche-Orient, en mai dernier, se voulait d’abord un pèlerinage et un soutien aux communautés chrétiennes locales, sa portée politique n’a laissé personne indifférent
Sous l’effet du soleil, les couleurs ont un peu pâli. Deux mois après la visite de Benoît XVI au Proche-Orient, l’affiche papale trône toujours devant la chapelle des clarisses de Nazareth. « Sa visite a été bénéfique pour les chrétiens de Terre sainte, il nous a confortés dans notre
foi », témoigne Sœur Françoise, abbesse de ce couvent.
Ce voyage pourra-t-il faire progresser la paix dans la région ?
Dans ce contexte politique tendu, et quelques mois seulement après l’offensive israélienne contre Gaza, ce voyage papal était jugé prématuré par de nombreux
observateurs. Au final, pourtant, Benoît XVI a su « parler comme un père de tous les croyants, juifs, musulmans et chrétiens, s’exprimant de façon équilibrée, souligne Mgr Fouad Twal,
patriarche latin de Jérusalem.
Pendant une semaine, l’Église universelle a eu les yeux rivés sur l’Église de Terre sainte et, malgré notre minorité, nous nous sommes sentis épaulés par tous les autres chrétiens. » Pour
le P. Fawzy Khoury, curé melkite d’Al-Maghar, au nord de Nazareth, le pape a évité les pièges d’un voyage délicat : « Il s’est montré très attentif, très précis dans toutes ses déclarations »,
guidé par « sa force morale et sa défense de la vérité ».
Ce voyage pourra-t-il faire progresser la paix dans la région ? « À un certain niveau, oui ! », répond Qustandi Shomali, professeur de communication à l’Université catholique de Bethléem. À ses yeux, il n’est pas anodin qu’un pape réaffirme publiquement « le droit du peuple palestinien à un
État indépendant ». En cela, note le P. Khoury, il appuie la volonté des Nations unies et de la communauté internationale de voir « deux États vivant côte à côte, en paix et en sécurité ».
Un peu d'optimisme
Côté israélien, après une certaine déception – liée notamment au discours à Yad Vashem, où beaucoup attendaient que le pape demande
pardon au peuple juif pour la Shoah –, l’opinion publique salue le fait que « Benoît XVI poursuive l’œuvre de Jean-Paul II et de Vatican II en matière de dialogue judéo-chrétien », analyse le P.
David Neuhaus, vicaire patriarcal pour la communauté catholique hébréophone d’Israël. Plus problématique, en revanche, fut son insistance sur « la question brûlante de la justice » : une tonalité
directe qui a « plu à certains, moins à d’autres », observe ce jésuite.
Noa, habitante de Jérusalem, relativise la portée de ces paroles : « Je veux aussi qu’il y ait un État palestinien, mais je ne suis pas sûre que le pape puisse faire avancer les choses en vue de
sa création… » Sa sœur Ronit (1) considère quant à elle cette visite comme un événement « très important pour l’histoire du pays », mais « doute que les gens, s’ils n’ont pas vécu ici et fait
l’expérience de notre réalité, aient la capacité de comprendre la situation dans toute sa complexité et avec toute la sensibilité nécessaire ».
Comme beaucoup dans la région, David, guide touristique israélien, affirme que le voyage de Benoît XVI a insufflé un peu d’optimisme. Et il veut rester confiant : « Nous n’avons pas d’autre choix
que de faire la paix avec les Palestiniens. Espérons qu’elle sera respectée, une fois qu’elle aura été signée… »
François-Xavier MAIGRE, à Nazareth et Jérusalem
(1) Lire le témoignage de cette famille israélienne dans La Croix du 13 mai.
Source www.la-croix.com
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