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la liberté franciscaine... la fraternité.. Brigitte Gobbé

Bonjour Richard, je suis heureux de te communiquer le compte rendu de la récollection des fraternités du diocèse d'Annecy.

 

Brigitte Gobbé responsable des fraternités Suisse Romande, a eu la bonté de nous aider à rentrer avec plus de vérité et d'amour dans le début de la compréhension de la vie qui ouvre à la Fraternité et qui révèle l'amour de notre Dieu.

Rendons grâce à notre Seigneur, Lui qui nous rend véritablement frères.

amitié fraternelle.  Jean Victor
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P.S. Brigitte Gobbé, en plus d'être la responsable des fraternités Suisse Romande elle est co-présidente de la Communauté Romande de l'Apostolat des Laïcs et elle participe au trimestre franciscain à St- Maurice... et ... et...

(Note Annecy, est à environ 150 km à l'Ouest de Lion)

Merci Jean-Victor de nous partager cette belle "formation"
Richard


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FRATERNITE SECULIERE de SAINT FRANCOIS D'ASSISE
DIOCESE D'ANNECY

 

 

Compte rendu de la récollection diocésaine

Dimanche 12 octobre au Couvent des Sœurs de la Charité à La Roche sur Foron

 

 

 

Thème de la journée :

            Approfondir le thème des Assises « des racines et du zèle » par Brigitte Gobbé, psychologue puis formatrice au sein des fraternités de Suisse Romande et d'ailleurs.

            Brigitte nous propose de réfléchir à partir de deux thèmes essentiels :

1.      la liberté franciscaine

2.      la fraternité

avec comme point d'appui de méditation, une citation du 1er Epître de Saint Jean « Si notre cœur nous condamne, que ne fera pas Dieu qui connaît toutes choses, qui est plus grand que notre cœur et ne nous condamne pas. Mes bien-aimés, si notre cœur ne nous condamne pas, alors nous pouvons avoir confiance devant Dieu » (1 Jn 3,20-21)

 

Le fil rouge sera donc de voir comment le visage de fraternité ne peut se vivre que dans le pardon et en sachant que Dieu nous aime.

 

 

But de cette journée : changer notre regard, se laisser la possibilité de le changer. Dans le contexte actuel, les anciens sont bousculés et pourtant c'est la filiation qui nous rattache comme fils et fille de Saint François

 

 

v     La liberté franciscaine : sous deux aspects ;

 

-         La liberté liée à la soumission : François était soumis à toute créature ; la liberté s'oppose à la soumission surtout actuellement.

-         Méditer et se plonger dans le cœur de Dieu c'est-à-dire dans la gratuité de l'amour, ce qui nous échappe toute la vie car nous sommes toujours dans « le donnant-donnant ». Regarder l'autre comme Dieu nous regarde, passer de Narcisse à Jésus, de soi-même à Jésus qui nous aime pour nous amener à la louange de Dieu sur nous-même. Comment se plonger dans cette bonté ?

o       L'expérience de soumission : le mot « soumission » est souvent lié à l'esclavage. La soumission à soi-même est le début du cheminement vers notre liberté intérieure car nous sommes soumis à de nombreux facteurs sur lesquels nous n'avons aucune emprise. C'est notre déterminisme ex. nous n'avons pas choisi notre sexe, ni nos parents, ni notre famille etc...

o       L'expérience première de François, c'est d'être donné à soi tel que l'on est c'est-à-dire devenir frère de soi-même, de notre déterminisme et accueillir notre patrimoine personnel sans confondre notre « moi » avec ce qui nous est donné. Ex. vouloir passer d'un tempérament à un autre. La confusion entre une réalité donnée avec l'expérience spirituelle de la foi peut entraîner des dégâts !!! Il est important de se soumettre à cette donation qui n'est pas le « Je », le « moi » pour essayer de construire notre statut de personne libre. C'est s'accueillir  et voir comment je vais passer de l'offrande de moi-même à Celui qui m'a donné la vie. C'est traverser mes fragilités pour une autre liberté : « la liberté est le sujet du « soi ».

 

 

-         Toute notre vie, en référence à Sainte Claire, demander « la capacité de recevoir le don de se donner ».

-         Saint François nous offre la méditation sur la pauvreté en prenant pour modèle « la Trinité » : relation basée sur « le recevoir et le donner ». Dans l'expérience franciscaine, c'est la personne, c'est-à-dire l'autre qui se structure par l'amour. C'est la capacité de toujours faire passer ce qui est l'autre par l'autre à partir de notre déterminisme : c'est m'épanouir dans l'expérience du don.

 

 

 

Deux écueils à éviter :

-         L'excès du volontarisme : penser que l'on va se changer ; soit on se détruit pour nous amener en dehors de notre expérience spirituelle ou de notre liberté.

-         Laisser aller au consentement de ce que nous sommes et ne rien voir d'autre : c'est la jouissance triste où on se laisse ballotter par les flots de notre nature !

 

 

Entre les deux, il y a le « je » qui unit le déterminisme en nous et le désir de Dieu. C'est cela la liberté ! Accueillir la soumission à soi-même est un chemin de liberté. On ne se préoccupe plus de soi pour être accueil de l'autre : « tout homme est une histoire sacrée ». Il s'agit de faire l'expérience permanente par nous-même, dans nos lieux de vie, nos familles, notre lieu de travail, de  faire la découverte de la vie du Seigneur et de me rendre disponible à moi-même.

« le Seigneur est plus grand que mon cœur » : c'est se laisser entraîner dans le courant de l'autre, dans le chemin d'amour.

 

 

L'expérience de la soumission à soi-même c'est reconnaître nos propres fragilités et les remettre à leur juste place. Elle entraîne une disponibilité à une condition :

  • Consentir au réel c'est-à-dire croire à l'imprévisible, être contrecarré dans nos projets, ce qui nous nourrit. C'est l'itinérance, c'est un chemin nous dit François. C'est accueillir la vérité de la Présence qu'on a du mal à percevoir quand on a beaucoup de soucis de travail, de santé etc...Il s'agit de respirer, d'être présent à soi-même et à l'autre. Et cette soumission à soi-même permet de comprendre la soumission à l'autre. Plus je m'accueille en ayant conscience de ma fragilité, plus je vais pouvoir accueillir la fragilité de l'autre; ce n'est pas vouloir que l'autre change!!! Si je consens à devenir chrétien, franciscain au cheminement de l'autre, j'accueille et il n'y a plus de pression!

Plus j'accueille, plus je vais me donner ! plus je consens, plus je vais accueillir ! C'est un chemin de liberté et c'est le B.A. BA de François ! c'est la simplicité de fraternité parce que je me sens libre de tout ce qui est obligatoire.

 

 

            Saint François nous dit « considère ô homme, sur quel degré de perfection tu as été créé » et Saint Augustin « l'homme est capable de Dieu ». « Dieu nous sauve mais en nous, il y a Dieu » nous dit Maurice Zundel. L'expérience de Dieu est en moi. Saint Augustin nous affirme qu'il faut « passer du dehors au dedans », faire advenir le Christ en moi .

 

 

            Saint Bonaventure parle de trois étapes :

1.      la sortie de soi c'est-à-dire s'étonner de soi-même de ce qu'on est. Ref. Saint Paul «  je fais ce que je veux pas ». Il s'agit de s'étonner de la création et de se dire « eh bien, c'est comme çà ! ». C'est la raison stupéfiante.

2.      rentrer en soi pour découvrir progressivement que le Christ est en nous, comme François l'a fait. Découvrir que c'est en soi que tout se passe, découvrir qu'on est « 2 » en nous, « je est un Autre », qu'on est « 2 » à se parler. Fr. René Chopard disait « Dieu, c'est mon intérieur », c'est quelqu'un auquel j'adhère, à qui je parle, qui est la Vie de ma vie.

3.      l'union à Dieu : le « toucher ». François en fait l'expérience en étant en résonance avec la souffrance des autres. Je ne veux pas mon bonheur sans les autres ; il ne s'agit pas de sombrer avec la souffrance des autres, de se plonger dans le malheur ! Il s'agit d'être heureux mais d'être aussi dans la traversée.

4.      « Jésus laisse mourir Lazare » : il y a des expériences en moi ou en l'autre à laisser mourir pour que naisse une autre expérience. Ex. laisser le chemin pascal traverser une fraternité mais cela se passe toujours là où on ne veut pas être. Et pourtant, c'est le lieu d'accomplissement. C'est dans l'échec le plus total à l'exemple du Christ qui, sur la croix, remet son esprit à son Père pour ressusciter trois jours après. Pierre a trahi, Paul a persécuté : voir ce qu'ils sont devenus. Dans un échec apparent, accueillir de vivre une expérience plus grande.

 

 

Comment vivre une expérience de dépouillement pour aller à l'essentiel de la pauvreté ? comment dépasser l'ordre du tempérament, qui n'est pas de l'ordre de l'adhésion, pour aller vers la fraternité ?

 

Le cheminement spirituel : - c'est aider quelqu'un à devenir libre. La foi n'est pas une morale. C'est adhérer à quelqu'un.

-        C'est croire que l'autre est appelé au divin malgré tout ce qu'il est.

-        C'est faire l'expérience de traverser l'opacité car le soleil de nos vies est souvent caché par le brouillard. Il s'agit de traverser le réel que l'on voit pour aller plus loin et ne pas s'arrêter à la vision de l'autre.

 

 

v    La Fraternité : différence entre une fraternité et un groupe.

 

 

Il est important de se poser d'abord la question suivante : Comment des hommes et des femmes, de par leur origine, leur manière de croire, peuvent-ils vivre le défi de la fraternité ? En effet, c'est un défi car ce n'est pas naturel : nous avons tous le désir d'aimer et d'être aimé, d'aimer ceux qui ne nous posent aucun problème mais la difficulté intervient lorsque la personne nous pose question. La vérification de l'amour envers le Seigneur passe par la relation aux autres.

§        La fraternité est le lieu même où je vais pouvoir vivre l'intuition de l'Evangile, m'accomplir au contact de l'autre, dans cet accueil de la dépendance où l'autre me fait grandir.

§        La fraternité, on la décide : elle est le fruit d'une décision. Aussi, il est essentiel de faire une relecture de notre entrée en fraternité car elle n'est pas toujours une décision. Mais là où elle est une décision, la fraternité va être le lieu, avec mes frères et sœurs, où je vais vivre le lieu du pardon, la fête de l'Eucharistie. La fraternité va révéler et dire la présence de Dieu, la présence de la pauvreté grâce à ceux qui la composent. Dans la règle aux ministres, Saint François disait à ses frères : « aime ceux qui te font des ennuis......rencontrer ton regard et repartir avec une autre vie ».

§        La fraternité est le lieu de fidélité au chemin du Christ pauvre et crucifié. Nous allons vivre un double paradoxe : vouloir la fraternité d'une part et d'autre part, faire l'expérience de tout ce qui n'est pas fraternel dans la fraternité. L'illusion, c'est de croire que, parce qu'on veut vivre la fraternité, l'autre va prendre le même chemin que moi.

 

 

Frère Roger de Taizé, qui était très proche de l'esprit de Saint François, disait : « essayer de vivre la fraternité, c'est vivre le peu d'Evangile que nous comprenons » ; on ne peut être chrétien ou frère n'importe comment !!!

 

 

§              La fraternité es-elle un lieu de construction ?

Brigitte donne le témoignage d'une personne qui participait au « Trimestre franciscain ». Elle détestait le mot « frère ». Or, cette personne était l'aînée d'une famille de 18 frères et sœurs dont elle a eu la charge. L'expérience de la fraternité, c'est aussi accueillir un frère ou une sœur qui vit une expérience très forte. A la fin du trimestre franciscain, cette sœur a découvert ce qu'était la fraternité : un lieu de liberté dans une vie fraternelle. Mais, une ascèse est nécessaire pour le comprendre.

 

Nous croyons que dans une fraternité, les frères et sœurs y sont tous pour la même raison alors qu'en fait, il peut y avoir des motivations très différentes : certains ont un désir de vivre l'Evangile, de vivre comme le Christ dans leur solitude, de vaincre la timidité et de se révéler, de trouver un sens à leur vie, de lutter contre l'injustice sociale... On n'a pas à juger !

 

A la suite de cette réflexion, Brigitte a proposé que, dans le silence, chacun de nous revoit les motivations justifiant sa présence en fraternité. Elle a suggéré de refaire ce questionnement dans nos propres fraternités.

 

Au départ, nous partons de certains désirs qui, depuis notre entrée en fraternité, se transforment avec la durée. Ex. dans une vie de solitude, il est important d'accueillir cet état, d'y consentir pour accepter l'aide de l'autre. C'est une expérience existentielle qui me permet de découvrir progressivement, en fraternité, que je vais donner de moi-même aux autres, que ce chemin va se transformer en « chemin de don » sur lequel François devient un ami. L'essentiel, c'est de ne rien brusquer mais progressivement, de prendre conscience que je dépends de l'autre.

 

 

§         La fraternité : lieu de ressourcement ?

Quelle est la vraie nourriture, le vrai pain dans la fraternité ? de quel ordre ? est-ce un ressourcement captatif pour soi : apprendre à prier, à découvrir l'Evangile ... Comment ce désir de ressourcement peut-il se transformer en bon pain, le désir du frère ou de la sœur ? Comment va-t-il me changer pour accueillir tel que l'on est ?  est-ce être chrétien que d'avoir le désir d'authenticité et de vérité ? que veut dire « être fraternel » ? Ce désir magnifique, qui peut être teinté d'idéalisme, peut nous faire devenir enfant de Dieu, par le lien de la filiation. La vérité d'authenticité est donnée par Saint François dans l'Admonition 20 « l'homme est devant Dieu tel qu'il est ». Ainsi, l'authenticité est liée à la simplicité et passe par différents moyens tels que le silence, la parole ... vers une naissance à être enfant de Dieu.

                       

Le désir d'être bons les uns avec les autres distingue la fraternité d'un groupe. L'un d'entre nous a donné son témoignage : il a découvert qu'à travers les hommes et les femmes de sa fraternité, le visage de Dieu qui l'aimait. Il avait le désir de connaître l'Evangile et c'est le regard du frère qui le fait vivre, un regard de bonté. En fait, c'est à travers les frères que se révèle l'Evangile de la bonté.

                        La confidentialité est essentielle dans une fraternité pour prendre le risque de l'amitié fraternelle. Lorsqu'on transfigure nos propres désirs dans l'esprit de François, tout est permis et l'on peut vivre l'expérience de la joie dans son radicalisme. En effet, plus je me ferme, plus je meurs ! Plus je m'ouvre aux autres, plus je vis ! d'où la question qui se pose : dans toute relation, quelle est mon expérience christique avec les autres ?

 

                        En fraternité, il y a des expériences douloureuses qui sont des tremplins vers une vie plus large. La soumission, c'est s'orienter vers soi-même et s'orienter sous l'autre c'est-à-dire donner un espace à l'autre pour qu'il puisse s'exprimer. Dans une communauté ou dans une vie de couple,  comment je donne un espace à l'autre ? Comment m'ouvrir à cette disponibilité au frère ou à la sœur vers qui je vais m'orienter ? Dieu n'est pas seulement « relation ». Il est aussi « don dans la gratuité » : c'est du bon pain !!! Aussi, soyons du bon pain les uns pour les autres !

 

 

§         A propos de la radicalité :

Elle peut nous plonger dans le désespoir en pensant que nous ne valons pas grand chose. François était colérique et pourtant il est devenu saint. Nos fragilités peuvent devenir des espoirs de vie si on se jette dans le Christ et si on consent totalement à elles. Il s'agit de cheminer avec le Christ en tenant compte des différentes étapes :

-         ne pas chercher l'excellence évangélique alors que nous avons à être « des petits » disait Ste Thérèse de l'Enfant Jésus. Ce n'est pas un radicalisme de puissance mais de pauvreté, de démaîtrise.

-         méditer le Christ qui révèle le Père. Plus je plonge dans le Christ comme François, plus je peux consentir que c'est là le sens de cette radicalité. Finalement, elle est surtout la contemplation du Christ qui révèle le Père et son amour pour l'humanité. La radicalité est une expérience d'union.

  Compte rendu rédigé à partir des notes de M.F.Hude
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  Un autre article intéressant de Brigitte Gobbé sur le site de la fraternité de PACA, France

 

 

 

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