Un désastre sans fin
Après l'échec du colmatage de son puits de pétrole, BP n'entrevoit aucune solution définitive avant le mois d'août
Photo : REUTERS/National Oceanic and Atmospheric Administration
Cette image satellite de la NASA transmise samedi par Reuters montre l’étendue de la nappe de pétrole le 23 mai (zone claire) dans le golfe du Mexique, entre la
Louisiane et la Floride. Selon Washington, il s’agit «probablement» de la pire catastrophe environnementale de l’histoire des États-Unis.
BP a épuisé toutes les solutions immédiates et définitives à la mégacatastrophe naturelle qui frappe le golfe du Mexique, si bien que la compagnie pétrolière n'a
plus espoir d'enrayer complètement l'écoulement de millions de litres de pétrole avant la fin de l'été.
La multinationale va tenter tout au plus de ralentir «au moins jusqu'en août» le déversement de pétrole dans le golfe du Mexique avec un nouveau couvercle en attendant l'achèvement de puits
secondaires, a fait savoir, hier, le directeur général du géant pétrolier, Bob Dudley, après l'échec cuisant de l'opération «étouffement par le haut».
BP a annoncé samedi l'échec de l'opération «étouffement par le haut» (top kill) visant à colmater le puits en injectant des débris solides dans le puits. «Nous sommes déçus. Nous n'avons pas été
capables de maîtriser le flot du puits. L'écoulement était trop important», a affirmé M. Dudley.
Le groupe pétrolier place maintenant ses espoirs dans la construction de puits secondaires qui seront prêts en août pour colmater définitivement la fuite. D'ici là, BP entend «mettre un couvercle
au sommet du puits». L'opération, qui ne permettra pas forcément de recueillir tout le flot, mais de capter et de diriger vers un navire en surface la «majorité du gaz et du pétrole», pourrait
prendre quatre à sept jours.
Comme toutes les précédentes «solutions» tentées depuis l'accident de la plateforme Deepwater Horizon, qui a explosé le 20 avril et sombré deux jours plus tard, cette opération de la dernière
chance s'annonce risquée et sans garantie de succès.
Avant de mettre en place son nouveau capuchon, BP entend cette fois-ci sectionner le tuyau endommagé qui relie le puits à la plateforme échouée au fond de l'océan. Cela entraînera «peut-être une
petite augmentation» du flot de pétrole s'écoulant dans la nature, reconnaissait hier Bob Dudley, «mais pas une grosse et peut-être aucune augmentation».
«Si nous pouvons contenir le flot du puits entre maintenant et le mois d'août et faire en sorte que le pétrole ne se répande pas dans la mer, ce sera une issue positive. Ensuite, si nous
parvenons à totalement arrêter l'écoulement grâce à un puits secondaire, ce sera aussi une bonne nouvelle», a-t-il poursuivi.
BP va donc revenir à une solution semblable à celle du couvercle de confinement qui avait échoué, début mai, à cause de la formation de cristaux de glace sous l'effet du gaz et de l'eau. «Nous
avons appris des choses de l'expérience précédente. Cette fois-ci, nous allons faire circuler de l'eau de mer chaude autour de la bouche pour empêcher la formation de cristaux», a souligné le
représentant de BP.
La pire catastrophe environnementale
La conseillère en politique énergétique à la Maison-Blanche, Carol Browner, a souligné que la dernière tentative infructueuse d'arrêter la catastrophe avait provoqué une augmentation temporaire
des volumes relâchés de l'ordre de 20 %.
Elle a aussi soutenu que la marée noire dans le golfe du Mexique était peut-être la pire catastrophe environnementale de l'histoire des États-Unis.
Un groupe d'experts mandaté par le gouvernement estime qu'entre deux et trois millions de litres se sont écoulés chaque jour depuis le début de la marée noire, alors que, jusqu'à présent, les
autorités et BP, groupe qui exploitait la plate-forme Deepwater Horizon, avaient estimé que 800 000 litres s'échappaient quotidiennement à 1500 mètres de profondeur.
Dans le meilleur des scénarios, ce sont déjà 68 millions de litres de pétrole qui se sont répandus en mer. Dans le pire, on parle de 151 millions de litres.
Hypothèses contestées
Par ailleurs, le grand patron de BP, Tony Hayward, a contesté les hypothèses de scientifiques selon lesquelles le pétrole qui se répand dans le golfe du Mexique pollue le fond marin. M. Hayward a
soutenu que le pétrole se concentrait à la surface de l'eau et que les échantillons prélevés par ses employés ne montrent pas de nappes de pétrole en profondeur.
Pourtant, plusieurs universitaires ont relevé des «nuages» de pétrole à des kilomètres de la fuite principale et à des centaines de mètres sous la surface de l'eau.
En 1989, 42 millions de litres s'étaient répandus à la suite du naufrage du pétrolier Exxon Valdez sur les côtes de l'Alaska.
Carol Browner a assuré que le gouvernement fédéral était «préparé au pire», c'est-à-dire l'hypothèse où la fuite de pétrole continuerait jusqu'à la fin des travaux de creusement de puits de
secours, prévue pour août.
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Avec l'AFP, AP, Reuters et Libération
source http://www.ledevoir.com